« J’ai perdu ma maman, mes 4 enfants, et la maison que j’ai passé ma vie à construire dans le séisme » – HB News


Témoignages poignants de femmes victimes du séisme du 14 août 2021

Le samedi du sinistre, Sabine Caillot se lève de très tôt, comme d’habitude, pour préparer le déjeuner familial. Séparée d’avec son conjoint, Caillot, 47 ans, est mère de quatre enfants. La commerçante vit depuis sa naissance à Pont Salomon, aux Cayes.

Généralement, Caillot se rend au marché d’Arniquet et de Cavaillon respectivement tous les mardis et jeudis, pour y vendre des vivres alimentaires. Mais le matin du 14 août, elle s’est quand même rendue au marché d’Arniquet, pour écouler les produits qui n’ont pas été vendus le jeudi précédent.

« Je ne pouvais pas les laisser se détériorer, explique la dame. Ce serait une grande perte. »

C’est probablement grâce à ce déplacement que Sabine Caillot a eu la vie sauve. Retournée en trombe dans son quartier après le tremblement, Sabine Caillot a eu un choc. Sa voix craque, et elle retient mal des sanglots.

« Ma maison n’était plus et la cour était bondée de gens », dit-la dame.

Pour cette mère de famille qui a travaillé toute sa vie pour construire les trois pièces de son logis en béton, le pire était à venir. « Ma maman, Familia Lundi, âgée de 82 ans, et mes quatre fils dont un enfant de deux ans, Dominique Caillot, un autre handicapé, Paul Caillot, sont tous morts. »

Cette situation est emblématique du drame économique et humain qui se déroule dans le sud du pays, en marge du séisme.

Sans soutien

« J’ai eu la vie sauve parce que j’avais laissé la maison pour aller chercher de l’eau » témoigne de son côté Sandra Étienne dont la demeure à Pont Salomon est entièrement détruite par la colère destructrice du « goudougoudou ».

« Mon mari, l’unique enfant que j’avais et ma petite sœur n’ont pas eu le temps d’échapper au malheur », raconte celle qui s’était mariée en 2014. Les trémolos de sa voix éplorée à l’autre bout du fil expriment sa profonde douleur. « M pa santi m ka pale », lâche-t-elle.

Sandra Étienne trouve refuge dans les hauteurs de Arniquet dans la maison ses parents.

C’est aussi à Arniquet que Sabine Caillot a trouvé de l’aide dans l’immédiat. « Je n’ai plus de famille à présent, explique-t-elle. Ce sont les consœurs du marché qui m’ont accueillie et aidée jusqu’à date ».

Le désespoir

Proches amis et simples passants étaient en première ligne pour porter assistance aux sinistrés.

« Les voisins n’avaient pas voulu que j’approche de l’emplacement de ma maison, mentionne Sabine Caillot. Ils n’ont pas voulu que je voie les défunts, à cause de l’état des cadavres. Ils les ont tous enterrés. »

Depuis le tremblement de terre, la dame se plaint de n’avoir pas reçu un appel de son ancien conjoint qui réside à Port-au-Prince.

Ses parents qui vivent dans les communautés les plus reculées de la ville des Cayes ont aussi leur lot de problèmes puisque leurs maisons sont également détruites. « Je ne sais plus quoi faire », lâche-t-elle, dans un long soupir.

Remonter la pente

Sur le plan psychologique, ces deux femmes ont nécessairement besoin d’une forme de psychoéducation fondamentale pour les aider à surmonter le choc.

« Pour l’instant, on va constater des comportements de stress aigu chez les survivants, ce qui est tout à fait normal », rapporte le psychologue Jeff Matherson Cadichon.

Selon les experts, les institutions de l’État doivent prendre leurs responsabilités à travers des opérations de sauvetage.

« Certes, il y a des stratégies psychologiques pour faire face à ces situations, mais l’État doit d’abord mieux coordonner ses interventions d’urgence, mentionne Cadichon. La confiance dans la capacité de l’État pour répondre à la crise est le premier signe de soulagement pour les victimes sur le plan psychologique ».

Un pullulement d’ONG commence à converger vers le sud. Selon des spécialistes, les victimes peuvent ressentir que ces institutions envahissent leurs espaces. « Il doit y avoir une méthode d’intervention incluant le concours des membres de la communauté » rajoute le Cadichon.

D’énormes pertes

Les données de la Direction de la protection civile (DPC) font état de 52 923 maisons détruites et 77 006 autres endommagées. Ce sont ces structures, dont la majorité est construite en béton armé, qui sont en grande partie responsables des pertes en vie humaine.

L’ampleur des dommages fait tache d’huile dans les départements du Sud, des Nippes, de la Grand’Anse et dans le Nord-Ouest. Bien que l’épicentre du séisme se trouve à Petit-Trou-de-Nippes, la ville des Cayes (Sud) demeure la plus touchée d’Haïti. Selon le bilan partiel de la DPC, les pertes en vie humaine s’élèvent à 2 207 morts, dont 1 832 dans le Sud et plus de 12 268 blessés sont enregistrés.

Lire aussi: Évasion spectaculaire à la prison civile des Cayes

Un bilan qui risque de s’alourdir dans les jours à venir puisque de nombreuses victimes se trouvent dans les régions où des axes routiers sont bloqués par des débris, empêchant ainsi le passage des équipes de secours. Ce séisme vient amplifier la situation critique du pays qui tarde encore à se relever d’innombrables dégâts causés onze ans de cela par le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Ce drame survient cinq ans après le passage de l’ouragan Matthew dans la région du sud. Le département avait été fortement touché. Des plantations, bétails et habitations avaient été dévastés. Le tremblement de terre et la tempête tropicale Grâce remettent de nouveau à genoux ce département qui se relevait difficilement des coups portés par le passage de l’ouragan Matthew.

Une assistance humanitaire progressive prend place dans le sud, depuis le cataclysme du 14 aout. Mais, Sabine Caillot et Sandra Étienne ne se font aucune illusion.

« Je me suis réfugiée trop loin de la ville pour bénéficier d’une quelconque aide », soutient Sabine Caillot.

Photo de couverture : Valérie Baeriswyl



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