Beaucoup de cochons meurent dans le Sud-Est – HB News


La proximité avec la frontière haïtiano-dominicaine met en grand danger la population porcine dans ce département, selon un spécialiste

Le 20 février 2022, alors qu’au niveau du Centre-Ville de Jacmel, plus particulièrement à la rue Barranquilla, une foule se prépare à célébrer les festivités du carnaval, dans plusieurs régions « en dehors », des éleveurs abattent une partie de leurs cochons, atteints, selon eux, de la triste et célèbre maladie « ren kase ».

Ren kase selon l’agronome Erl Jean Pierre, porte le nom générique de Pestivirus et vient de la famille Flaviviridae, aussi appelé le choléra porcin, du fait de ses symptômes.

« Il s’agit d’une maladie contagieuse et néfaste pour les porcs, déclare l’agronome Pierre. Si un cochon en est atteint, même la corde avec laquelle il était attaché porte le virus et est susceptible de le transmettre à un autre porc si on l’attache à la même corde. »

D’après l’agronome lui-même originaire du Sud-Est, c’est en partie à cause de la proximité entre la République Dominicaine et Haïti que la population porcine du Sud est aussi sujette à cette maladie.

« Beaucoup d’Haïtiens de la zone frontalière du Sud-Est partent travailler en République dominicaine, continue l’agronome. Il arrive que certains reviennent sur le territoire haïtien avec des animaux tels que des poules ou des porcs, vendus à bas prix de l’autre cote de la frontière. Donc, régulièrement, on se retrouve avec des animaux contaminés qui vont à leur tour contaminer d’autres animaux. »

Carole Hercule est mère de quatre enfants. Elle vend des cochons et de la viande de porc depuis plus de vingt ans à Meyer, une localité non loin du centre de la ville de Jacmel.

« Depuis novembre 2021, la maladie a tué la majorité des porcs dans mon parc, dit-elle. Même les cochons achetés à Corail ne sont pas aussi épargnés. »

Le coût économique s’avère énorme. « Cette maladie ne tue pas seulement mes cochons, elle me tue aussi, déclare Hercule.  Je suis détruite, car tout ce que j’avais, je l’ai dépensé pour traiter les porcs infectés. En une semaine, je peux perdre entre huit et dix cochons. Depuis novembre dernier, je vis à perte. »

Les symptômes sont assez reconnaissables. « À l’instar du choléra qui touche les humains, la maladie provoque une forte fièvre, un manque d’appétit, de la diarrhée, des crampes musculaires qui peuvent aller jusqu’à la paralysie des membres postérieurs de la bête, d’où son nom créole de ren kase, raconte l’agronome Erl Jean Pierre. Chez les truies, la maladie peut provoquer des fausses couches. En général, les porcs qui en sont atteints meurent au bout de trois ou quatre jours. »

Avec la présence de cette maladie, aussi appelée teschen, extrêmement contagieuse, en un rien de temps, la population porcine de tout le département pourrait mourir. Quoique non pas dangereuse pour l’homme, le teschen représente une vraie menace pour le département du Sud-Est et à plus grande échelle pour le pays.

La solution, selon l’agronome, serait une quarantaine. Avec toutes victimes de la maladie dans le même endroit et loin des cochons sains, la propagation serait limitée et pourrait être gérée par les autorités.

« Il faudrait déjà répertorier les animaux malades, dit Erl Jean Pierre. C’est assez simple, car la maladie se repend tellement vite que même avec un bout de peau, il est facile de réaliser le dépistage chez les victimes. Une fois isolés, il faudrait ensuite laisser mourir la population contaminée en prenant soin de bien détruire les objets avec lesquels ils ont pu être en contact afin de ne pas contaminer d’autres animaux. »

Le niveau de contamination est si élevé dans le cas de cette pathologie, que même en présence de l’urine d’une bête malade, une bête saine peut se retrouver contaminée.

L’agronome Jean Pierre Erl a lui aussi perdu un porc l’année dernière dans le Sud-est. Le vaccin n’a pas pu sauver l’animal qui présentait les premiers symptômes de la maladie.

Répertorié dans plusieurs pays du monde, c’est en Amérique du Nord que le teschen est la mieux gérée depuis son apparition au milieu des années 1940. D’autres pays prennent le taureau par les cornes. Récemment une note du gouvernement américain interdisait l’entrée dans ce pays de la viande de porc et de ses dérivées comme le jambon en provenance notamment de pays comme Haïti ou son voisin dominicain.

Depuis août 2021, l’importation de la viande de porc de la République Dominicaine est formellement interdite en Haïti. Dans la réalité, cette mesure n’est suivie d’aucun effet, selon des observateurs.

Lacrobatte, communément appelé “bò dlo”, est l’espace que tout le monde utilise pour tuer des cochons le 19 février.

Un homme mène un cochon à Lacrobatte.

Un moyen utilisé pour tuer les cochons: ils sont assommés de plusieurs coups de bâton jusqu’à ce qu’ils en meurent.

Un jeune homme tient un cochon pendant qu’un autre l’assomme.

Deux adolescents recueillent dans une cuvette le sang d’un porc égorgé, pour le vendre.

Lorsque le porc est abattu, il est brûlé avec des feuilles de cocotier afin de faciliter le nettoyage de la peau.

Deux adolescents grattent un cochon; la majorité des enfants de la région s’entraînent à tuer les cochons malades.

Un jeune homme porte un cochon abattu, qui va être transporté sur une motocyclette pour être vendu au marché.

Une livraison de porc.

Une dame négocie avec un commerçant la viande de porc.

Un homme quitte Lacrobatte pour aller vendre de la viande de porc au marché.

Des enfants recueillent le sang d’un porc égorgé.

Un adolescent tient les boyaux d’un porc dans ses mains.

Un adolescent gratte deux cochons à l’aide d’une pierre dans un petit cours d’eau.

La viande de porc est toujours en vente au marché Salomon, bien que le ministère de la Santé publique et de la Population ait interdit la vente de viande de porcs provenant de pays étrangers.

Deux personnes qui achètent de la viande de porc au marché de Pétion-Ville.

Image de couverture: Un porc souffrant de “Ren kase”, transporté à l’arrière d’une motocyclette pour être emmené à bò dlo afin d’être abbatu. Carvens Adelson / HB News

Photos : Carvens Adelson / HB News



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