Ces femmes ont bouclé des études en sciences infirmières. Pourquoi sont-elles sans licence ? – HB News


Trois promotions entières de l’École nationale des sciences infirmières de Port-au-Prince (ENIP) sont concernées par cette situation bizarre

L’École nationale des sciences infirmières de Port-au-Prince offrait des diplômes en sciences infirmières au terme d’un cursus de trois ans depuis sa création en 1918.

Tout change à partir de 2013.

En octobre de cette année, la direction des soins infirmiers au sein du ministère de la Santé publique et de la population élabore un projet de loi pour transformer l’ENIP en faculté, apte à délivrer des licences.

En janvier 2014, le MSPP adopte un nouveau curriculum pour l’école. Le cycle d’études passe de trois à quatre ans et correspond désormais à un total de 130 crédits. De plus, l’étudiant doit soumettre un mémoire comme travail académique de fin d’études pour avoir droit à « un diplôme en sciences infirmières. »

Cependant, un grain de sable enraye la machine : la loi de 2014 n’a jamais été votée au Parlement haïtien. Par conséquent, l’école se trouve dans l’impossibilité légale de délivrer des licences aux apprenants d’au moins trois promotions depuis l’élaboration du texte, selon des témoignages collectés par HB News.

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L’école fonctionne sous la tutelle du rectorat de l’Université d’État d’Haïti. Elle utilise l’acronyme ENIP/FSIP et non le nom de la « Faculté des sciences infirmières de Port-au-Prince », indique la directrice de l’institution, Marie Nicole Sully Guerrier.

Des étudiantes comme Nadine Nelson issue de la promotion 2014-2018 sont aux abois. « Après mes quatre ans d’études et une année de service social, je dois encore espérer un coup de “chance” pour pouvoir décrocher un boulot », se plaint Nelson. Comme ses camarades, elle n’a encore reçu ni son diplôme ni la licence de fonctionnement délivrée par le MSPP. Cette licence de fonctionnement, qui vient normalement avec le diplôme, est différente du grade universitaire que conférerait le statut de faculté.

La direction de l’école communique son impuissance. « Un certificat de fin de formation est délivré aux étudiants diplômés en attente du diplôme, déclare Marie Nicole Sully Guerrier. Entre-temps, le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti (RUEH) qui doit les livrer attend le vote au Parlement de la loi relevant l’école au rang de faculté », confie-t-elle.

Joint au téléphone, le responsable des affaires académiques au RUEH, Jean Poincy, décline l’invitation d’adresser le dossier. « Je ne veux pas discuter de cela dans la presse », réagit-il.

Pour avoir la licence de fonctionnement, les étudiantes doivent subir des examens d’État. Cet examen n’a pas été réalisé depuis plusieurs années.

Les étudiantes disent leur frustration. Certaines comme Cimane Lafleur réclament l’élimination pure et simple de l’épreuve. « Jusqu’ici, je n’ai pas encore subi les examens d’État alors que j’ai terminé mes études en 2018 », déclare la dame.

La suppression de l’exercice est également soutenue par Yvedine Deslouches, une autre étudiante de la promotion 2014-2018. Elle croit que cette évaluation devrait plutôt s’adresser à toutes les autres écoles d’infirmières qui se multiplient à travers le pays hormis la « faculté » des Sciences infirmières de Port-au-Prince.

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La directrice de l’ENIP rejette ces positions. L’examen requis pour avoir la licence de fonctionnement émise par le MSPP offre des avantages pratiques. « Cette licence et les relevés de notes des examens de l’État évitent à l’étudiant de reprendre les cours une fois en terre étrangère », indique Marie Nicole Sully Guerrier.

L’ENIP a été fondée par les marines sous l’occupation américaine en octobre 1918. L’objectif principal était de dispenser des soins aux blessés de l’occupation.

Les activités de l’école étaient soumises au contrôle du MSPP jusqu’à la loi de 1943 qui affilie cette entité à l’UEH.

Dans l’attente de la résolution de leur problème, les étudiantes expriment leur ras-le-bol.

« Le lancement officiel du nouveau curriculum de l’ENIP nous réjouit, déclare Nadia Cibiale, étudiante finissante de la promotion Sapientia 2016-2020. Mais, se plaint-elle, il fallait attendre la sortie de la première promotion de quatre ans pour comprendre qu’on était dans les nuages ».

Béatrice Simon, une étudiante de la promotion de 2017 exprime aussi son inquiétude par rapport à la situation. Elle espère que les responsables agiront en conséquence pour un dénouement de la crise.

Fenel Pélissier

Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.



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