Cet entrepreneur refuse de collaborer avec les bandits à Pernier – HB News


Les conséquences de cette décision furent immédiates

Les soldats de Vitelhomme Innocent avaient un seul message pour Francky Avril : vous devez collaborer ou subir les affres de notre colère.

Avril a pris le chemin de la résistance, « par conviction », dit-il. Et les conséquences furent immédiates. Le 16 mai 2022, les bandits rentrent chez lui par effraction. Ils décident d’emporter tout ce qui a un semblant de valeur.

« Ils m’ont accusé d’être un informateur qui facilite l’intervention de la police dans la zone », fait savoir Avril.

Peu de temps avant l’attaque, l’entrepreneur a pu s’enfuir avec sa famille, mais sa maison a été incendiée. Les assaillants ont ensuite mis le feu à Kimy Pharmacie, une entreprise qu’il a lancée dans la zone en 2019.

Francky Avril ne travaille pas pour les forces de l’ordre. Mais l’attaque de ses propriétés survient en marge d’une sévère opération de la police le 12 mai 2022 à Pernier. Cette opération prenait place après l’envahissement de ce quartier de Pétion-Ville par les hommes de Vitelhomme.

Au total, la police avait arrêté six individus. Cinq autres sont tués lors des affrontements. Et la PNH a récupéré trois armes à feu et deux véhicules, ce qui a vraisemblablement été l’élément déclencheur des réactions brutales des bandits.

Aujourd’hui encore, des dizaines de familles, abandonnées à elles-mêmes, fuient Pernier. Sondia Jennica Philippe est une étudiante en troisième année de gestion à l’École Nationale Supérieure de Technologie (ENST). Elle vit à Pernier 23 depuis deux ans.

« Je suis très inquiète, déclare Philippe à HB News. Je suis obligée de m’enfuir [à Delmas] parce que les bandits ont incendié des maisons à quelques pas de chez moi ».

Les crépitements de balles terrorisent également les dizaines d’habitants des rares quartiers de Pernier épargnés par les affrontements.

Pernier 40 par exemple abrite un sous-commissariat. Ces violences sont nouvelles pour nous dans la zone, témoigne Emmanuela, mère d’un bébé de cinq mois. Elle refuse de donner son nom complet pour des raisons de sécurité.

Emmanuela ne veut pas quitter Pernier. En tout cas, pas maintenant. Mais elle travaille pour une ONG et l’organisation ne cesse d’envoyer des alertes « rouges » sur la zone, autrefois « réputée calme ».

« Les écoles, les églises et les entreprises ont du mal à rouvrir leurs portes, témoigne Emmanuela. Même l’église catholique de Pernier ne peut pas célébrer la messe ».

Emmanuela qui vit à Pernier depuis plus de vingt ans crie à l’aide. « La population a besoin d’assistance. La police devrait avoir une présence continuelle dans la zone », lance-t-elle.

Par ailleurs, la guerre de gangs opposant 400 Mawozo et Chen Mechan au moins depuis le 24 avril a provoqué le déplacement de près de 10 000 personnes. En juin 2021, lorsque des combats entre gangs armés ont éclaté dans le quartier de Martissant, environ 20 000 personnes ont fui la zone.

Ces déplacements internes engendrent un défi humanitaire énorme, la destruction de patrimoines culturels et des violations systématiques de droits humains.

Molière Adely

Molière Adely pratique le journalisme depuis 2018. Il a déjà collaboré avec plusieurs médias. Étudiant en sociologie à la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (FE/UEH), Adely s’intéresse à la politique, la culture et aux sujets de société.



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