Des secteurs essentiels comme la communication au bord de la fermeture en Haïti – HB News


Au moins une banque va fermer ses portes la semaine prochaine, faute de carburant. Des compagnies de fourniture d’internet ou de téléphonie n’ont pas plus d’une dizaine de jours avant de tomber en panne sèche, selon les informations recueillies par HB News.

 

Plusieurs entreprises évoluant dans des secteurs vitaux comme la télécommunication, la finance ou la santé risquent la paralysie dans les deux prochaines semaines à cause de la rareté du carburant, accélérée à partir du 12 septembre 2022.

La Digicel qui domine les télécommunications avec 75 % des parts de marché fait face à la rareté de l’essence, aggravée par la décision du chef de gang, Jimmy Cherizier de bloquer l’accès au Terminal de Varreux, responsable d’environ 70 % du stock distribué à travers le pays.

La Digicel assure avoir « dix à quinze jours d’autonomie pour les sites essentiels », révèle à HB News Gérard Laborde, responsable des services juridiques de la compagnie.

Le même panorama se déroule chez le compétiteur Natcom. Mais Josué Pierre Paul, responsable de communication à la compagnie bleue, ne peut confirmer pour combien de jours encore les antennes continueront d’être alimentées.

La firme de fourniture d’internet, Access Haïti peut encore tenir une dizaine de jours, selon son président et directeur général Allen Bayard.

Depuis 2018, lors des pays lock, Access Haïti a commencé avec des installations solaires. « Ceci nous aide énormément, mais certains gros sites ne sont pas supportés, déclare à HB News le CEO, Bayard. On va arriver un moment où ces sites n’auront plus de carburants, et ce sera fini à ce moment-là. »

Les institutions bancaires se trouvent aussi piégées par la crise actuelle. Pour maximiser l’utilisation de leur stock, elles ont collectivement décidé de fonctionner trois jours la semaine, au lieu de six

« Chaque banque a sa propre réserve de carburant et elles ne sont pas toutes égales, observe Vladimir François, directeur général de l’Association nationale des banques (APB). Par exemple, la Citibank a déjà épuisé toutes ses réserves. Leurs guichets vont être fermés la semaine prochaine. Ce n’est que les services en ligne qui seront disponibles. »

Les autorités du pays doivent agir, selon Vladimir François. Sinon, d’autres institutions bancaires à court de carburant pourront fermer sous peu.

La santé, autre secteur essentiel, retient son souffle. En marge de la résurgence du choléra avec une quarantaine de cas confirmés, le laboratoire national qui réalise le gros des tests peut tenir le coup uniquement pour quelques jours encore. « Après on ne sait pas ce qui va se passer », avertit le directeur de l’institution, le médecin Jacques Boncy.

L’horizon de dix jours se trouve sur toutes les lèvres au niveau des hôpitaux Saint-Luc et Saint-Damien.

Ces centres avaient lancé un appel afin de recevoir 15 000 gallons de carburant. Ils ont reçu un tiers de la demande d’une entreprise privée. Les responsables sont désormais en train de concerter afin de déterminer « les services médicaux qui devront être fermés à l’hôpital dans les jours à venir », relate le directeur médical Edson Augustin.

La crise de carburant entrave le transport des fournitures d’urgence. L’eau, essentielle dans la lutte contre le choléra, est devenue beaucoup plus chère et les délais de livraison plus longs. Le liquide essentiel se fait déjà rare dans certaines localités du pays.

Dans une note de presse parue le 9 octobre dernier, la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement affirme qu’elle ne peut pas placer sa capacité de pompage à un niveau optimal, ce qui réduit l’approvisionnement en eau dans des foyers, des établissements de santé, et d’autres entreprises clés du pays.

Au-delà de la crise de carburant, l’emprise des bandes armées continue d’entamer la qualité du service fourni par des compagnies privées.

La qualité du réseau de Natcom a chuté à cause des coupures de câbles, selon Josué Pierre Paul, responsable de communication de la firme de télécommunication. « Souvent, les techniciens ont du mal à se frayer un passage dans certaines zones pour réparer les dégâts. »

Le sabotage de son réseau de fibres optiques demeure aussi l’un des plus grands problèmes de la Digicel. « Nous avons eu au plus fort de cette crise jusqu’à 25 coupures de câbles par jour », déclare à HB News, Gérard Laborde, responsable des affaires juridiques de la compagnie.

En début d’octobre, le Premier ministre de facto Ariel Henry a fait appel aux partenaires d’Haïti pour l’envoi d’une force armée, afin de rétablir l’autorité de l’État. Cette décision divise l’opinion publique.

« Je ne suis pas pour une force étrangère, mais je suis pour une aide étrangère », déclare Allen Bayard de Access Haïti.

Selon l’entrepreneur, « on a besoin d’une aide bien définie pour nous aider à remembrer notre armée, notre police nationale ».

Le directeur général de l’APB se prononce en faveur de cette idée. « Une aide étrangère serait nécessaire pour aider la PNH et l’armée d’Haïti dans le combat contre l’insécurité en Haïti », dit-il.

Des manifestations monstres demandent le départ d’Ariel Henry du pouvoir depuis des mois. Toute intervention internationale dans ce contexte sera perçue comme un support à son gouvernement impopulaire, selon des observateurs. De plus, l’héritage négatif d’interventions passées reste présent dans la mémoire collective. Plus récemment, des soldats des Nations unies ont introduit le choléra dans le pays, faisant officiellement 10 000 morts et plus de 800 000 infectés.

Alors que les politiques tournent en rond, la situation du pays s’aggrave. Dans la soirée du 12 octobre 2022, les bandits ont fait irruption dans les locaux du Terminal de Varreux. Selon des informations collectées par HB News, les malfrats ont emporté trois camions de carburants après avoir maîtrisé les agents de sécurité. Chaque camion peut contenir 11 000 gallons.



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