Il a dépensé 5000 dollars pour se rendre en Turquie. Aujourd’hui, il ne peut s’acheter un billet de retour en Haïti. – HB News


Des dizaines d’Haïtiens se trouvent bloqués dans ce pays du Proche-Orient. Au chômage, certains regrettent d’avoir quitté Haïti

Il a fallu à Israël sept mois pour comprendre que sa situation se dégrade au quotidien et qu’il doit renoncer à ses espoirs de retrouver une vie meilleure à Istanbul, la plus grande ville de Turquie. Sa famille avait déboursé près de 5 000 dollars américains pour son voyage en juin 2020. « J’ai tout perdu, dit-il. Je ne peux même pas travailler pour économiser un tiers des dépenses consenties pour venir ici ».

L’argent gaspillé n’est pas la priorité d’Israël. L’originaire de la ville de Saint-Marc veut rentrer dans son pays pour travailler et aider sa famille. « En août Dieu voulant, j’aurai quatre ans de mariage, continue le jeune homme, père d’un garçon. C’est dur de voir que j’évolue en terre étrangère sans être capable d’aider financièrement ma famille ».

Des dizaines de compatriotes se trouvent dans la même situation en Turquie. Ce pays choisi comme terre promise par les Haïtiens qui fuient le chômage et l’insécurité n’a pas offert travail et salaire décent à nombre d’entre eux. Les moins lotis regrettent d’avoir fait le déplacement et veulent retourner dans leur pays natal.

Selon des informations obtenues par HB News, l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) travaille d’arrache-pied pour mettre un avion à disposition des Haïtiens en Turquie. Contactée, l’OIM confirme être en pourparlers avec les autorités haïtiennes pour faciliter le « retour volontaire » des Haïtiens de Turquie.

« La date n’a pas encore été décidée, mais nous travaillons là-dessus avec les autorités », souligne à HB News Federica Cecchet, une des responsables à l’OIM.

Jean Negot Bonheur Delva, responsable de l’Office national de la migration haïtienne (ONM), relate avoir déjà participé à trois réunions sur ce projet.

« La situation des Haïtiens, déjà précaire, a aggravé depuis l’annonce en mai dernier du kidnapping de huit Turcs dans un autobus de la compagnie de transport touristique dominicaine, Métro, en Haïti, analyse Delva. La plupart des travailleurs haïtiens sont révoqués et il devient beaucoup plus difficile pour eux de louer des maisons. »

Un an de cela, Paul était à la fois chauffeur de moto la journée et agent de sécurité le soir en Haïti. Puis, il a fait le grand saut vers la Turquie. Aujourd’hui, il doit « supplier » sa mère qui vit à Saint Marc pour prendre soin de sa famille en Turquie. « Elle me fait parfois des transferts de 100 dollars américains. »

En Turquie, les emplois sont très mal payés. La main-d’œuvre est à bon marché surtout dans les « factories » où travaillent près de 90 % des Haïtiens. Les usines de confection de vêtement qui payent le mieux versent l’équivalent de cinq dollars américains par jour, soit 575 gourdes, à ces ouvriers. Or, le salaire minimum du secteur textile en Haïti est fixé à 685 gourdes.

Israël ne travaille plus depuis près de deux mois. « J’ai tenté de rentrer en Haïti à deux reprises, ça n’a pas marché », dit-il.

En décembre 2020, Israël a acheté son billet de retour grâce à l’appui de sa famille. Arrivé à l’aéroport, il n’a pas été autorisé à s’embarquer puisque l’Espagne ne voulait plus que les individus sans visas de transit venant de la Turquie transitent sur son territoire. Il perdra un autre billet d’avion en février dernier à cause du conflit opposant la Russie et la Turquie.

« Selon le gouvernement turc, le pays compte trop de migrants », raconte Novack Lagardère, un haïtien qui évolue dans ce pays depuis 2017. Il y est professeur d’anglais.

La Turquie vient d’adopter une nouvelle loi qui donne droit aux autorités de procéder à l’arrestation des migrants dont la carte de séjour arrive à échéance. Cette loi touche particulièrement les Haïtiens, les migrants des pays d’Afrique et les Syriens qui sont très présents dans le pays.

Selon la nouvelle législation, la police doit prendre contact avec la famille de l’individu pour l’achat de son billet de retour dans son pays natal. « Sans cette preuve d’achat, la police ne va pas libérer le migrant, mentionne Lagardère. Cette liberté est conditionnée puisque la police accompagne le migrant tout droit à l’aéroport le jour même du vol. »

Depuis la mise en application de cette législation, peu de migrants obtiennent un permis de séjour. Ceux qui en ont la chance l’obtiennent pour une période de six mois. C’est le cas de Paul qui, par le passé, a déjà eu ce permis qui était valable pour une année. « Le document m’avait coûté 250 dollars US, l’année dernière », dit-il. Le cout du renouvellement pour les six prochains mois passe à 450 dollars.

La demande d’Israël pour le renouvellement de ce permis auprès des autorités de la migration turque n’a pas porté fruit. Ceci limite ses déplacements dans le pays.

Israël et Paul disent leur déception de ce que la Turquie peut l’offrir en matière de qualité de vie. Le jeune homme de 22 ans parle anglais. Une agence de voyages lui a fait croire qu’il pouvait utiliser cette compétence pour décrocher un emploi de 1 500 dollars US le mois.

« En Turquie, il est impératif d’avoir un papier attestant vos capacités dans une langue étrangère, ce n’est pas forcément le cas pour Haïti où l’on mise beaucoup sur la compétence », dit Paul.

Le test permettant d’avoir la certification en anglais pour les jobs les mieux rémunérés coute 1 300. Avec 250 dollars US le mois, Paul ne peut même pas vivre décemment. « Les taxes, le prix du loyer et la nourriture engloutissent mon salaire », dit-il.

En réalité, Paul ne fait que guetter la première occasion pour quitter la Turquie.

Malgré les difficultés, le linguiste Novack Lagardère tente de s’accommoder. Il a obtenu grâce à son contrat dans une école turque un permis de séjour de trois ans qu’il ne souhaite pas renouveler après son échéance en 2023.

« On évolue dans un pays où la culture, la religion et le mode de vie sont totalement différents des nôtres, déclare Lagardère. En plus, les noirs sont souvent méprisés et humiliés dans le métro et les autres formes de transports en commun. »

 



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