Il était professeur en Haïti. Ses entreprises font succès aujourd’hui en RD. – HB News


Septan Lazy illustre l’immigration entreprenante haïtienne en République voisine

En Haïti, Septan Lazy enseignait au collège Yves Albert Boucher, Réné Descartes et au Petit Séminaire Collège Saint-Martial, entre autres, pour un salaire peu avantageux.

L’ancien étudiant de l’École Normal supérieure (ENS) s’installe en République Dominicaine en 2012, après avoir entendu les conseils d’un de ses amis qui réside dans ce pays.

Dix ans après, Septan Lazy compte trois entreprises à son actif de l’autre côté de la frontière : une compagnie de sécurité, une structure de location de voiture, et un business de location d’immeuble.

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Plus de 500 000 Haïtiens vivent aujourd’hui en République Dominicaine. La plupart œuvrent dans l’agriculture et la construction, dans un pays souvent dénoncé pour son racisme anti-haïtien, et une politique ouvertement xénophobe.

Alors que la situation économique et sécuritaire s’aggrave en Haïti, des milliers d’Haïtiens s’installent en territoire voisin. Bien que des médias et politiciens utilisent la question haïtienne pour alimenter les flammes racistes, la migration d’entrepreneurs et de riches hommes et femmes d’affaires reste très peu discutée. Ces citoyens haïtiens créent des emplois et font fleurir l’économie dominicaine.

« J’ai 30 employés haïtiens et douze dominicains dans ma compagnie de sécurité », rapporte Septan Lazy.

Un hôtel de luxe en forme bateau à Las Terrenas

J’ai rencontré l’entrepreneur à Las Terrenas, une petite ville de la province de Semaná. Le trajet de la capitale, Santo Dominguo, à Las Terrenas dure en moyenne deux heures et demie.

Avec ses kilomètres d’eaux protégées et son sable blanc, ce petit village surnommé « la ville de Dieu » (Ciudad de Dios), demeure une destination prisée, notamment par les touristes français, italiens ou canadiens.

La structure de la plupart des restaurants est en ossature de bois traditionnelle. Certains sont vernis et leur toiture est recouverte de paille compressée. Ce qui offre une allure spéciale à cette petite contrée, éloignée des tohu-bohus de la capitale. Seulement deux mini boutiques haïtiennes sont remarquées dans la zone : une galerie d’art et une institution vendant des produits alimentaires.

Septan Lazy et quelques voitures de sa maison de location de voitures

Selon des témoignages recueillis sur place, des mulâtres d’Haïti et des vacanciers de la diaspora haïtienne envahissent Las Terrenas durant des périodes clés de l’année comme la pâque, les vacances d’Été et les fins d’années.

« Je pense que des Haïtiens dépensent leur fortune à Las Terrenas à cause de l’insécurité, analyse Septan Lazy. La plupart de ceux qui viennent d’Haïti débarquent avec leur Mercedes ou des Nissan détenant des plaques d’immatriculation d’Haïti ».

J’ai aussi rencontré Marley Jean, un ouvrier haïtien qui réside à Las Terrenas depuis tantôt quatre ans. « Les touristes haïtiens ne sont pas nombreux à Las Terrenas en comparaison aux autres nations, dit-il. Mais, c’est ici que [les Haïtiens] viennent dépenser leur argent. »

Lazy posant avec son chien dans sa Villa, dans les hauteurs de Las Terrenas

Las Terrenas est une ville en plein développement. Les activités économiques se concentrent au bord de la mer. C’est là qu’on y retrouve des hôtels de luxe, des villas et de nombreux restaurants. De nombreux autres projets touristiques en construction sont aussi remarqués dans ce petit village.

Malgré un climat plus propice à l’entrepreneuriat qu’Haïti, la République Dominicaine ne fait pas de cadeaux.

Septan Lazy détient un permis de travail renouvelable annuellement. « La banque Reservas m’avait appelé pour me prêter dix millions de pesos après avoir constaté les activités financières réalisées sur mon compte en banque, dit-il. Ils vont désister parce que je suis un Haïtien. »

À l’époque, Lazy rapporte avoir été en couple avec une Dominicaine. « Les banquiers m’avaient demandé d’associer son nom à l’entreprise pour bénéficier le prêt, dit-il. J’ai refusé, parce que je n’étais pas encore marié. Ils ont tenté en vain de me contraindre à la naturalisation pour avoir accès au prêt. »

Malgré ces embuches, l’homme est arrivé à développer ses initiatives. Il critique « le secteur bancaire haïtien et l’État [qui] n’offrent pas d’opportunités aux jeunes professionnels. »

VIlla de Septan Lazy

Septan Lazy est parti de loin. Quelques mois après son arrivée en République Dominicaine avec 100 000 gourdes en poche, il dit avoir travaillé comme professeur de physique à Alliance, une école internationale pour les enfants des étrangers. « Après ma démission, j’ai travaillé comme comptable dans un restaurant à Las Terrenas, raconte-t-il. Cette expérience m’a permis de comprendre le fonctionnement de la zone et développer mes aptitudes pour créer ma propre entreprise ».

Questionné sur l’acquisition d’armes à feu pour sa compagnie, Septan Lazy répond n’avoir pas à importer ces équipements. « Dès que l’entreprise de sécurité est légalement enregistrée et reconnue par l’État dominicain, son propriétaire peut acheter jusqu’à 70 armes de calibre douze, dans n’importe quelle entreprise de vente d’armes à feu », confie-t-il.

Quant à sa compagnie de location de voiture, elle compte dix voitures et treize quads (véhicules motorisés à quatre roues). « Mon entreprise est affiliée à d’autres entreprises à Las Terrenas, à Santo Domingo et à Santiago, dit Lazy. Par exemple, lorsque des firmes formulent une demande pour 30 voitures en location, je collabore avec d’autres entreprises pour satisfaire leur besoin et gagner de l’argent ».

L’apparition du coronavirus en décembre 2019 constitue une occasion en or pour des dizaines d’entreprises de l’autre côté de la frontière. « J’ai profité de cette période pour rentrer dans le business de l’immobilier, raconte Lazy. Vu que les prix des maisons ont été révisés à la baisse, j’ai saisi l’occasion pour en louer quatre pour une durée de trois ans. Je les paie à 1 500 dollars américains le mois », dit-il.

 

Ces logements sont disponibles sur la plateforme AirBnb et des touristes locaux en font usage, contre paiement. « Je savais que des gens de la capitale allaient venir à Las Terrenas pour passer leur séjour durant l’année 2020 lorsque la maladie était à son point fort », déclare Lazy dont les logements sont cédés à 150 dollars par nuit. « Parfois, je les loue à 250 et même 300 dollars par nuit durant certaines périodes de l’année. »

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Lazy Septan révèle gagner environ trois millions de pesos (52 000 dollars américains) par mois durant certaines périodes de l’année et environ un million de pesos (dix-sept mille dollars américains) dans les périodes où les activités ne sont pas florissantes.

« Je dois vous dire que tout l’argent récolté ne revient pas à moi seul, précise-t-il. Une bonne partie du montant est séparé en pourcentage avec les autres collaborateurs affiliés à mon entreprise ».

Septan Lazy est marié à une Américaine. Il a fait ses études primaires chez les sœurs de Lascahobas, et ses études secondaires au Lycée Salnave Zamor de la même ville.

Photos: Yves Emmanuel Moise



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