Il refuse de se faire dépister au VIH, mais persiste pour des rapports non protégés – HB News


Jones paie un agent de santé à Portail Léogane pour lui délivrer un certificat médical parfait

Jones P. avait besoin d’un test négatif de VIH/Sida pour postuler à un travail en juin 2021. Au lieu de réaliser l’analyse, gratuite à certains endroits, le jeune professionnel en communication sociale se rend à Portail Léogane, où il paie 500 gourdes à un personnel de santé qui lui délivre un certificat médical blanc comme la neige.

Le cas Jones P. n’est pas unique. De jeunes Haïtiens refusent de se faire dépister, par peur de se découvrir séropositif. Cette peur ne s’accompagne pas nécessairement de mesures drastiques pour se protéger de la maladie : Jones P. ne porte que rarement des condoms lors de ses rapports intimes.

La phobie du résultat positif prend racine dans les discriminations et idées reçues sur le VIH dans le pays. Malgré les campagnes de sensibilisations, la maladie reste perçue par beaucoup comme une peine de mort avec des symptômes très difficiles à gérer.

Selon le docteur Jean Jumeau Batsch, président de la société obstétrique et gynécologique, la perception de la société par rapport à la pathologie, les risques de discriminations, de rejet et de souffrance psychosociale en cas de test positif, expliquent la peur du résultat décevant de certains.

Ce phénomène ne se circonscrit pas à Haïti. 2,5 % des adultes âgés de 15 à 49 ans vivent avec le VIH en Côte d’Ivoire, mais seuls 24 % des hommes vivant avec le virus savent qu’ils sont infectés, contre un pourcentage encore faible de 43 % pour les femmes.

Une étude réalisée en novembre 2016 par le Hopkins Center for Communication programs a révélé que les hommes ivoiriens ne craignent pas de vivre avec la maladie. Ils refusent de se faire tester à cause des conséquences sociales et économiques qui accompagnent un résultat positif. « Pour certains hommes, la mort physique était préférable à la mort sociale qu’ils risquent de subir s’ils recevaient un diagnostic positif de VIH », déclare Danielle Naugle, une des initiatrices de la recherche.

James est un professionnel en droit de 32 ans qui ne veut pas entendre parler des tests pour le VIH. « Je n’ai pas encore le courage de réaliser un dépistage et d’attendre avec patience le résultat, dit l’homme, grand amateur des séances sexuelles sans protection. J’accepterai de me faire dépister sauf en cas de voyage ou de mariage », dit-il.

Les interventions de sensibilisation sur le terrain autour des infections sexuellement transmissibles n’engendrent pas forcément les résultats escomptés. Peu de personnes fréquentent les centres pour se faire dépister après ces campagnes. C’est ce que révèle le docteur Jean Abioud Sylvain, coordonnateur en soin et traitement du VIH à la Fondation pour la Santé Reproductrice et l’Éducation Familiale (FOSREF).

Johanne Sénat est travailleuse sociale au Plan d’Urgence Présidentiel américain de Lutte contre le SIDA (PEPFAR). Son travail consiste, en partie, à sensibiliser en Haïti les jeunes femmes de 11 à 25 autour des pratiques sexuelles et les informer des dangers des IST.

« En général, un formulaire leur est adressé durant les formations, dit Sénat. Le hic, c’est qu’il est très rare de voir les jeunes filles répondre positivement à la question si elles acceptent qu’on leur facilite l’accès de réaliser un test de dépistage. »

Certains puisent la peur du test positif dans leurs expériences personnelles. Jones P. travaillait, en 2009, à Fonds’Amis, une Organisation non gouvernementale (ONG) évoluant à Port-au-Prince. Il était responsable des suivis avec les infectés du VIH. Dans la pratique, il appelait quotidiennement les concernés pour qu’ils viennent prendre leur médicament. « Je leur en fournissais également en cas de besoin », dit-il.

C’est ainsi que Jones P. va souvent côtoyer de jeunes hommes et femmes porteurs du VIH, mais qui ne présentent aucun symptôme visible ou inquiétant. Ce détail a effrayé le jeune professionnel.

En Haïti, 154 000 personnes vivent avec le VIH et 89 % connaissent leur statut. 93 % des personnes diagnostiquées suivent un traitement antirétroviral. Ce sont des résultats exceptionnels qui font du pays un exemple dans la lutte contre le VIH/Sida.

Le VIH est à présent une maladie chronique au même titre que le diabète, déclare le docteur Jean Jumeau Batsch. « Grâce aux progrès thérapeutiques, l’infection est considérée comme une maladie maîtrisable. Toutefois, sans intervention adaptée, le VIH peut évoluer pour devenir le syndrome de l’immunodéficience acquise (SIDA) entraînant ainsi la maladie et le décès. »

Raison pour laquelle certains couples posent des conditions. L’institutrice Farah Gilles demandait à son partenaire d’utiliser le préservatif jusqu’à la réalisation d’un test de dépistage. Elle est en couple depuis tantôt six ans. « On avait réalisé, ensemble, le test au début de l’année 2021 », relate cette dame.

En juin 2021, Gilles déménage pour aller résider avec sa tante dans la ville de Petit-Goâve. Depuis, deux heures et l’infranchissable Martissant séparent la jeune femme de son partenaire qui réside dans la région métropolitaine. Elle est catégorique : « Je ne prendrai pas le risque de coucher avec lui sans préservatif lors de notre prochaine rencontre ».



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