Kenneth Merten | «Il n’y a pas une vision claire pour avancer vers les élections ni pour résoudre le problème politique» – HB News


Le chargé d’affaires a réuni ce lundi une dizaine de journalistes pour annoncer la fin de sa mission à la fin du mois d’avril 2022. « Nous ne sommes ni pour ni contre Monsieur [Ariel] Henry », a-t-il déclaré

Grave, serein par moment, visiblement fatigué, Kenneth H. Merten a fait ses adieux à Haïti devant la presse ce 11 avril. Le chargé d’affaires met un terme le 30 avril 2022 à une mission lancée le 28 octobre dernier.

Les États-Unis continuent de considérer Ariel Henry comme interlocuteur légitime pour Haïti. Les appels de l’ancien ambassadeur pour un accord unitaire n’ont pas porté fruit : le Premier ministre tient à un gouvernement où lui seul réunit les fonctions de la présidence et de la primature, et la société civile, portée par Montana, continue de réclamer une administration bicéphale, et une « transition de rupture » d’au moins deux ans.

Questionné sur l’utilité de sa mission, Kenneth H. Merten, décoré pour son service par Michel J. Martelly en 2012, tranche de façon directe : « Je ne travaille pas pour Haïti, déclare-t-il. Je travaille ici pour le peuple américain. »

Dans ses propos introductifs, le chargé d’affaires a mis emphase sur les luttes engagées contre l’immigration illégale vers les USA, le renforcement du travail des garde-côtes du pays et le combat contre le racket des visas. Ci-après, des extraits condensés et édités de ses déclarations à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Bourdon, ce lundi matin.


Vous quittez un pays politiquement et économiquement plus instable… n’est-ce pas un coup de fouet pour votre bilan et votre expérience de diplomate?

Je suis très attaché à Haïti. C’est mon quatrième séjour dans le pays. Je vois un pays frustré. Les gens ont peur, ils ne savent pas comment ils vont trouver la vie pour les mois et les années à venir. Nous avons fait un effort pour encourager les Haïtiens à se mettre ensemble. Je ne peux dire que la situation est meilleure ou pire. Je vois une situation globalement où le pays souffre. Il n’y a pas une vision claire pour avancer vers les élections ni pour résoudre le problème politique. Il y a des vides dans [l’administration de] l’État. Éventuellement, on doit avoir des élections pour remplir ces vides. De notre opinion, on doit faire quelque chose pour améliorer la situation sécuritaire dans le pays. On a une équipe qui doit commencer à travailler sur cette question au mois de mai.

Nous avons augmenté notre assistance envers la police nationale d’Haïti. Nous leur avons donné des véhicules et des équipements protecteurs. Nous continuerons à le faire.

En quoi votre présence a-t-elle été utile à Haïti?

Il faut honnêtement souligner que je ne travaille pas pour Haïti. Je travaille ici pour le peuple américain. Je n’ai vraiment aucune autorité pour faire quelque chose pour Haïti. Je suis ami d’Haïti. Je voudrais améliorer les relations d’amitié entre Haïti et les États-Unis, mais ce n’est pas ma responsabilité de résoudre tous les problèmes d’Haïti.

Nous encourageons les gens à se mettre ensemble pour trouver un accord, un consensus, une feuille de route pour faire avancer le pays.

Vous tenez le même discours de dialogue et de consensus alors que la situation s’empire…

Je n’ai pas l’impression que ça s’est empiré, c’est un gaspillage de temps, honnêtement. Le pays souffre parce que les gens refusent de se parler.

Les États-Unis aimeraient voir un dialogue robuste pour trouver un accord afin de faire avancer le pays.

C’est quoi la position officielle des États-Unis sur le gouvernement d’Ariel Henry?

Nous ne sommes ni pour ni contre Monsieur Henry. Il est là, il dirige l’État haïtien. Nous avons besoin d’un vis-à-vis. Nous avons beaucoup de dossiers à traiter avec l’État haïtien : migration, investissement, kidnapping…

Les États-Unis encouragent l’érection d’un accord unique. Avez-vous des critères objectifs pouvant indiquer à quoi peut ressembler cet accord?

Nous n’avons pas de critère. Nous voulons voir une solution haïtienne pour les défis auxquels fait face le pays. J’ai l’impression que toute la communauté internationale va supporter qui que ce soit s’il y a un vrai consensus avec 80, 90 % des acteurs sur le terrain.

L’international va accepter ce que les Haïtiens ont décidé. Et jusqu’à présent, on ne voit pas un accord parmi tous les acteurs.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le support des États-Unis à l’actuelle administration constitue l’obstacle le plus important à ce que les acteurs trouvent un accord?

Je ne le comprends pas. Les États-Unis ne gèrent pas Haïti. C’est pour cela que nous avons toujours supporté les élections qui se font en Haïti. C’est au peuple de choisir.

C’est ici en Haïti qu’il faut trouver la solution.

Lors de votre dernière rencontre avec la presse, vous parliez de comment les États-Unis et d’autres partenaires pourraient aider la PNH à obtenir des équipements létaux pour renforcer ses capacités opérationnelles. Qu’est-ce qui a évolué depuis?

Nous avons signé un contrat avec les gens qui arrivent au mois de mai. Ils feront des entrainements et un travail de vetting. Ce n’est pas facile de trouver des gens qui ont l’expertise, la capacité et la volonté de quitter leurs familles aux États-Unis pour venir ici. Ceci a pris du temps.

Nous avions déjà expliqué les limites que nous avons comme gouvernement américain pour donner des armes et des munitions. Mais l’État haïtien peut acheter ces choses. Il peut aussi aller vers d’autres pays amis.

Plus de 21000 migrants ont été déportés vers Haïti avec le Titre 42. Les États-Unis, avec cette mesure, ne respectent pas le droit d’asile international. N’avez-vous pas l’impression que les USA partagent une part de responsabilité dans l’appauvrissement de la population puisque ce sont des personnes qui étaient des ressources pour leurs familles ici en Haïti?

Des gens en Haïti vivent dans une situation précaire. Les gens qui ne voient pas d’avenir meilleur en Haïti vont prendre la décision d’aller ailleurs. Mais je n’accepte pas que ce soit la faute des États-Unis. On a travaillé dur surtout après le tremblement de terre de 20 100 pour encourager l’investissement étranger ici dans le pays, pour améliorer la santé publique, nous avons envoyé beaucoup de nourritures et des choses comme ça pour aider les plus pauvres dans le pays.

Je n’accepte pas que les États-Unis aient de la responsabilité pour tout ça.

Le problème de base est l’instabilité politique qui existait depuis longtemps et ça n’encourage pas l’investissement.




Related Articles

Responses

Your email address will not be published.