La campagne Endetektab = Entransmisib fait débat – HB News


« En faisant croire aux séropositifs qu’ils ne peuvent pas transmettre le virus parce qu’ils sont indétectables, cette publicité peut engendrer un effet pervers chez ces derniers qui risquent de développer un comportement irresponsable, en multipliant les rapports non protégés », lance un spécialiste en communication

En août 2020, la campagne Endetektab = Entransmisib (E=E) menée par l’Institut Panos est lancée. Elle recommande aux personnes séropositives, également appelées PVVIH, de prendre régulièrement leurs médicaments antirétroviraux jusqu’à devenir indétectables.

« Être indétectable signifie que le test a trouvé une infime quantité de virus dans le sang de la PVVIH, peut-on écouter dans le spot publicitaire. La PVVIH ne peut pas transmettre le virus lors de ses ébats sexuels ».

Par conséquent, une personne séropositive indétectable peut avoir des rapports sexuels sans préservatif, d’après le docteur Emmanuel Bélimaire. Le médecin spécialiste du VIH/SIDA l’affirme dans une vidéo publiée sur la page de l’Institut Panos, au début de la campagne. De plus, l’annonce publicitaire diffusée à la radio ne fait aucune mention de ce moyen contraceptif.

Ralph Emmanuel François, spécialiste en communication, estime que la publicité peut être dangereuse. « En faisant croire aux séropositifs qu’ils ne peuvent pas transmettre le virus parce qu’ils sont indétectables, elle peut engendrer un effet pervers chez ces derniers qui risquent de développer un comportement irresponsable, en multipliant les rapports non protégés », lance-t-il.

Selon le spécialiste, la publicité n’est pas correcte du point de vue de la psychologie de la communication. Elle donne l’impression aux PVVIH qu’elles peuvent avoir du sexe sans préservatif, et celles-ci peuvent ne plus prendre le temps d’informer leurs partenaires qu’elles sont séropositives.

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Moins critique, le professeur en marketing, Beaunel Beauzile tente d’expliquer l’omission par l’objectif de la publicité, qui est de persuader les personnes vivant avec le VIH à prendre leurs médicaments. Une nouvelle publicité, plus suggestive, pense-t-il, pourrait dans le futur se baser exclusivement sur l’utilisation du préservatif.

Le professeur d’université estime que la publicité E=E est spécialisée. Avant toute autre personne, elle concerne les PVVIH. En s’adressant à elles, on suppose qu’elles détiennent déjà certaines informations concernant leur maladie, dont la nécessité du port du préservatif pendant un rapport sexuel.

Mais, pour Emmanuel François, dans ce cas-ci elle est trop spécialisée. « On oublie alors que les PVVIH sont des personnes normales en dépit du fait qu’elles aient besoin d’assistance particulière. Il faut donc, comme pour toute autre personne, leur rappeler qu’en matière de sexe le VIH n’est pas le seul virus qu’on peut attraper ».

Sur environ 150 000 personnes vivant avec le VIH/SIDA, seulement près de 128 000 suivent un médecin. C’est ce que révèle Sabine Lustin, directrice exécutive de l’institution Promoteurs Objectif Zéro SIDA (POZ).

Ainsi, si elle est d’accord avec la campagne, le médecin pense tout de même qu’il ne faut pas négliger le préservatif. « Le risque zéro n’existe pas », rappelle-t-elle.

Même lorsqu’elles suivent un traitement régulier, la protection de deux PVVIH qui ont entre elles des rapports sans préservatif n’est pas garantie. Elles peuvent se partager leurs virus.

Selon Sabine Lustin, une personne peut être infectée par deux types de VIH. Le premier, appelé VIH 1, est retrouvé partout à travers le monde. Le VIH 2 est surtout présent en Afrique de l’Ouest et dans une partie de l’Europe.

L’infection au VIH 1 aboutit plus rapidement au SIDA. Mais en matière de traitement, certaines classes de médicaments fonctionnent moins bien pour une personne infectée au VIH 2. « C’est généralement l’une des causes pour lesquelles un traitement ne fonctionne pas », souligne Sabine Lustin.

Ainsi, quand deux PVVIH ont des rapports sexuels sans préservatif, il y a un risque si l’une d’entre elles prend des médicaments auxquels les germes de l’autre savent résister.

De même, si les ébats sexuels ont lieu entre une PVVIH régulière et une autre irrégulière, la charge virale de la première augmentera. C’est pour cela qu’il est fortement déconseillé d’avoir des rapports sexuels sans préservatif avec une personne dont on ne connait pas le statut.

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Tout dépend du type de VIH, 1 ou 2, il existe différents régimes de traitement, explique à son tour Jean Laurent Mathurin, coordonnateur du deuxième site des centres GHESKIO. « Les mêmes antirétroviraux n’y sont pas toujours retrouvés parce que chacun a ses propres effets secondaires sur le corps. Pour les choisir, le médecin se base donc sur les pathologies du patient, tout en s’assurant que son germe de VIH ne sera pas résistant au régime. »

D’un autre côté, une personne séropositive est aussi exposée à d’autres infections sexuellement transmissibles, contre lesquelles son système immunitaire devra lutter.

L’une des particularités du VIH est qu’il n’a pas de symptômes directement liés à l’infection elle-même. C’est ainsi que fort souvent, la personne infectée ignore si elle l’est. Le virus tue à petit feu la défense du système immunitaire dont le rôle est de protéger contre les autres maladies présentes naturellement dans le corps. Après avoir tout détruit et laissé le corps sans défense, il prend entre 12 à 20 ans pour arriver à la phase de SIDA.

Une simple maladie peut causer de gros dommages, une fois arrivé à ce stade.

C’est pourquoi Sabine Lustin et Jean Laurent Mathurin mettent en garde contre les comportements irresponsables. E=E encourage la régularité dans la prise des médicaments, parce que ceux-ci empêchent le VIH de se multiplier. Mais être indétectable n’est pas un ticket pour avoir du sexe sans préservatif.

Photo de couverture : Compte Twitter de Panos



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