La guerre en Ukraine touche aussi des Haïtiens – HB News


« Si la guerre devient mondiale, je défendrai la Roumanie », affirme l’étudiant haïtien, Jean Muller Pierrelus

Étudiant en Gestion des ressources humaines, niveau master, Robert Max Guetson Noel fait partie de la communauté des étudiants haïtiens en Russie. Et comme beaucoup d’autres, il se sent concerné par l’impact économique que peut avoir l’invasion de la Russie en Ukraine, lancée le 24 février 2022. « Avec des sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie, nous aurons du mal à fonctionner correctement », déclare Noel.

Déjà, l’Union européenne a décidé d’exclure certaines banques russes du système de transaction international Swift. Puis, elle a gelé plus de 600 milliards d’euros de la Banque centrale du pays. Avec de telles mesures, « la Russie de Vladimir Poutine risque de connaitre une importante inflation dans les jours qui viennent », prévient l’économiste Jeffsky Poincy. Ce qui sous-entend que les étudiants haïtiens auront à faire face à un coût de la vie beaucoup plus élevé alors qu’ils ne pourront pas compter sur les transferts de leurs familles.

Parallèlement, un nombre indéterminé d’étudiants haïtiens se trouvent en Ukraine. Ces derniers auraient été évacués vers la Slovaquie, selon un tweet de la primature.

« Le problème est en Ukraine, il n’y a rien en Russie pour le moment », rassure T. M. qui fait des études en médecine. À 24 ans, la jeune boursière observe pour la première fois un conflit entre deux pays de près. T.M préfère faire profil bas. Et cela commence par l’anonymat qu’elle requiert. « Je sais que la Russie ne sera pas attaquée, mais je préfère ne pas commettre d’imprudence », dit-elle.

Même quand les étudiants estiment que la Russie ne risque pas d’être attaquée, ils devraient « éviter de prendre parti », selon le spécialiste en sécurité James Boyard. « Aussi, ils doivent éviter de se retrouver dans des zones à risque qui sont des endroits où il y a des infrastructures militaires et gouvernementales ».

Les sanctions contre le plus vaste État de la planète n’ont pas trainé en chemin. Et en tant qu’étudiants étrangers, les jeunes Haïtiens ne peuvent se permettre de les minimiser. Depuis le bannissement du système Swift, les transactions financières internationales deviennent presque impossibles pour quiconque se trouvant en Russie. Or la majorité des étudiants haïtiens dépend de leurs parents en Haïti.

Le climat économique à l’intérieur de la fédération risque de se détériorer également. La menace de l’inflation demeure réelle, analyse Jeffsky Poincy. « Bien sûr, les prix seront fonction des villes où l’on se trouvera. Par exemple, plus on sera proche de Moscou, plus les services seront chers comme c’est déjà le cas ».

Si donc les maisons de transfert comme MoneyGram ou Western Union ne fonctionnent plus, les étudiants devront avoir recours à d’autres alternatives comme trouver du travail. Sauf qu’« à moins que ce soit au niveau de l’université, la loi ne permet pas aux étudiants de travailler », mentionne Poincy, lui-même ancien boursier de la Russie.

Au pire, les étudiants haïtiens en Russie risquent de se retrouver dans la même situation que les étudiants haïtiens au Venezuela. Sous sanctions économiques internationales, le Venezuela connait une crise économique depuis maintenant dix ans. Et les étudiants haïtiens n’en sont pas exempts.

La donne ne change pas non plus en Roumanie, un pays de la même région qui accueille certains ressortissants haïtiens. « Nous sommes inquiets, mais calmes », affirme l’étudiant en Diplomatie et relations internationales, Jean Muller Pierrelus.

L’Ukraine ne fait pas partie de l’Alliance de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, une organisation militaire et politique créée en 1949, après la Seconde Guerre mondiale avec pour objectif de protéger ensemble leurs populations et leurs territoires et maintenir la paix.

L’OTAN maintient un profil bas et refuse d’intervenir directement. Mais cette position pourrait évoluer, selon Boyard. Le professeur se réfère à un cas similaire ayant déjà eu lieu en novembre 1975.

« Lorsque Fidel Castro a envoyé des soldats soutenir des mouvements de libération nationale en Angola parce que ces mouvements en question étaient pro communistes, la Russie a dû intervenir pour soutenir Cuba ». « Mais l’Union soviétique n’était pas favorable à une intervention sur le continent africain », précise-t-il. En s’empressant d’y intervenir, Fidel Castro a entrainé l’Union soviétique derrière lui. Et ce même scénario risque de se reproduire, selon Boyard.

En plus d’être des pays membres de l’OTAN, les pays limitrophes à l’Ukraine comme les trois pays baltes, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie soutiennent le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Si les militaires de ces pays venaient à décider d’intervenir sur le territoire ukrainien à titre de soutien à l’armée ukrainienne, ils seraient directement en face de l’armée russe. La Russie devra réagir non seulement contre eux, mais contre les gouvernements de ces pays-là. Ce qui fait que les territoires de ces pays membres de l’OTAN risquent d’être agressés par la Russie. Dès lors, l’OTAN sera obligée d’activer l’article 4 de sa charte qui permet à tous ses États membres de se mettre ensemble pour défendre un des leurs agressé par un ennemi.

Par conséquent, « la possibilité d’une guerre mondiale est là ».

« Si la guerre devient mondiale, je défendrai la Roumanie », affirme pour sa part Jean Muller Pierrelus. « Je n’ai encore jamais vécu pareille situation, mais je suppose qu’étant déjà sur les lieux, si je dois combattre, je le ferai », poursuit le certifié à la fois en ressources humaines internationales et en diplomatie globale dans le Nouveau Monde.

Pour le moment, des discussions sont en cours entre les envahisseurs russes et les représentants de l’Ukraine. Des deux côtés, les populations retiennent leur souffle.

Photo de couverture : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, le 6 décembre 2021 / Ukrainian presidential press-service/AFP

 



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