Le festival Quatre Chemins se poursuit, malgré l’insécurité et la pénurie de carburant – HB News


 

La réalisation de cette manifestation culturelle est un acte de bravoure selon les dires de Guy Régis Junior, directeur artistique du festival.

Le festival Quatre Chemins tient le coup malgré la situation sociopolitique du pays. Pour cette 18e édition qui se déroule du 22 novembre au 4 décembre de cette année, spectacles, projections, conférences et ateliers sont au rendez-vous.

La réalisation de cette manifestation culturelle est un acte de bravoure selon les dires de Guy Régis Junior, directeur artistique du festival. « Mais je dois dire que ces genres de situations ne sont pas nouvelles. En 2018, on a eu le festival après des scènes de violences marquées par le “pays lock”. La situation reste aussi tendue d’année en année », dit le metteur en scène.

Ces embûches ne mettent pas le festival en danger. « Le plus grand problème c’est le manque de financement, continue Guy Régis Junior. On n’a jamais su trouver des moyens suffisants pour toucher un maximum de public ».

Les évènements culturels au menu du festival cette année se réalisent autour du thème : « Qui est contre l’égalité ? ». Les artistes, conférenciers, entre autres, sont invités à questionner les inégalités, débattre ce sujet à travers leurs œuvres et répondre à des interrogations liées aux clichés qui perdurent dans la société haïtienne.

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La pénurie de carburant, le kidnapping et les actes de criminalité mettent la région métropolitaine de Port-au-Prince à genou. Cette situation contraint bon nombre de conférenciers à ne pas faire le déplacement pour participer aux activités. « Pour tenter de pallier la situation, on réalise avec eux des captations de quelques minutes pour les réseaux sociaux », rajoute l’écrivain.

« Les spectacles se réalisent à quatre heures de l’après-midi et s’achèvent le plus tôt que possible. Néanmoins, la question de l’heure est très problématique puisqu’en Haïti, les actes d’insécurité peuvent se produire à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit », relate l’auteur de Les cinq fois où j’ai vu mon père.

La peur bleue causée par l’insécurité grandissante cette année réduit les activités du festival à un public restreint. Même les artistes étrangers se font rares. « Il est difficile d’inviter des gens à prendre part à notre activité. Nombre d’artistes étrangers manifestent un grand désir de participer avec nous, mais leur ambassade refuse de les laisser partir », mentionne-t-il.

Le directeur artistique du festival Quatre Chemins a pratiqué le théâtre pendant environ cinq ans en France. C’est ainsi qu’il s’est rendu compte de la beauté du métier en faisant de la compétition avec d’autres collègues artistes. Sa participation à un grand festival à Avignon lui a valu des acclamations régionales.

Mais, pour Guy Régis Junior, pratiquer le théâtre en Haïti a un sens. D’ailleurs, les moments de troubles servent parfois d’inspiration à bon nombre d’écrivains et de poètes.

« En Haïti, la situation est extrêmement difficile surtout avec l’insécurité. Mais, ça n’a guère démotivé les gens. À titre d’exemple, durant la journée d’hier, 36 personnes venaient payer pour participer à des spectacles du festival. Aucun français n’allait prendre un tel risque au cas où les choses se déroulaient de cette façon dans son pays ».

La peur bleue causée par l’insécurité grandissante cette année réduit les activités du festival à un public restreint. Même les artistes étrangers se font rares.

Par ailleurs, l’annulation du festival aurait été un coup dur pour les artistes. Ces derniers sont très vulnérables. Ils manquent de support financier et d’encadrement de la part des autorités. « Ne rien organiser comme activité pourrait être fatal pour eux (…). D’ailleurs, les artistes qui participent au festival le savent deux mois à l’avance. Il est compliqué de tout annuler alors qu’ils en avaient espoir. »

Cherlie Rivage, une des auteures qui intervient dans le festival cette année, croit que l’activité est un espace qui rend visible le travail des poètes. À travers « Café poésie », les vers ont su tailler une place au sein de ce festival initié depuis 2004. Rivage croit qu’il faut exposer les gens aux poésies pour une meilleure vulgarisation.

Le festival Quatre chemins est devenu un événement artistique incontournable en Haïti. Avant, ce festival était une activité privée réalisée sous l’initiative de Daniel Marcelin, un artiste haïtien. Les supports de la fondation connaissance et liberté (FOKAL) ont permis au grand public de découvrir cette activité. Il y a aussi la contribution des artistes belges qui, dès le début de cet évènement culturel, lui confèrent une renommée internationale.

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Malgré sa réputation, le festival Quatre chemins fait toujours face à de nombreux reproches ou critiques de la part du public ou des artistes : les activités se tournent toujours autour du même public et mettent en scène la même catégorie d’artistes. Guy Régis Junior en tant que directeur artistique du festival veut déconstruire ces perceptions.

« Personne n’est exclu, fait savoir Régis Junior. Pour participer au festival, il suffit d’envoyer votre dossier à temps. Avec près de 80 spectacles, il y a quand même de la place pour accueillir les artistes ».



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