Le gros sel cultivé en Haïti contient un excès de magnésium. Ceci rend son iodation difficile. – HB News


Le sel iodé consommé et vendu en Haïti provient majoritairement de l’extérieur du pays

Le manque d’iode handicape de façon permanente le cerveau des enfants et peut causer le développement du goitre, chez les adultes. Retrouvé notamment dans les fruits de mer comme le poisson, cet élément nutritif essentiel est aussi rajouté au sel, pour le rendre accessible. Or, seulement 3% des familles haïtiennes ont accès au sel iodé, selon les données du Fonds des Nations-Unis pour l’enfance, datant de 2012.

La « iodation » du sel produit localement devient donc nécessaire. Ce processus, hautement technique, est exigé par la loi en Haïti depuis 2017. Il permet de produire un sel adéquat, riche en iode.

Le sel traditionnel produit au niveau des bassins en Haïti est cependant difficile à ioder. Ce, en raison d’une forte concentration de magnésium présent dans ce sel. Le magnésium empêche l’adhésion de l’iode. Dans d’autres pays, des appareils sophistiqués aident à en réduire la prévalence.

Le dernier programme national d’iodation du sel alimentaire remonte en février 2002. Le projet a été mené par le ministère de la Santé Publique et de la population (MSPP) et supporté financièrement par l’UNICEF dans le but d’encourager la population à sa consommation.

Richard Beauséjour est le responsable des opérations de Ananda Marga Universal Relief Team (AMURT-Haiti), une organisation qui détient une filière de production de sel moderne à Anse-Rouge. Selon ce dernier, le sel consommé et vendu en Haïti provient majoritairement de l’extérieur du pays.

Bon Sel DAyiti est la seule usine de fabrication de sel iodé en activité en Haïti depuis 2005. Cette usine située à Delmas 2, est l’œuvre du projet lancé en 2002.  Ils « importent une grande quantité de sel venant des autres pays pour la fortifier et ensuite la commercialiser en Haïti », dit Beauséjour, bien au courant des activités de l’institution.

Mael Pierrot, directeur de la section marketing de Bon sel DAyiti, corrobore les dires de Beauséjour. « L’usine produit 13,75 tonnes de sel iodé par jour soit, environ 4 000 tonnes par an. Ce sel est commercialisé à travers tout le pays dans des restaurants, des boulangeries et des supermarchés. Le hic, dit Pierrot, c’est que la majeure partie du sel iodé fabriqué par l’usine provient de l’extérieur du pays. »

Le magnésium est un minéral essentiel au bon fonctionnement de l’organisme humain. Il participe à plus de 300 réactions métaboliques dans le corps. Selon la directrice de nutrition au niveau du MSPP, Roseline Marhonne Pierre, la présence du magnésium comme élément chimique donne au sel un aspect humide. « Quand on ajoute la solution de l’iode dans un sel qui contient du magnésium, il a tendance à disparaître la solution iodée, dit-elle. Un sel iodé présente ordinairement un aspect sec. »

Aussi, seul le sel fabriqué à travers les structures de production modernes avec une quantité de magnésium quasiment inexistante, est capable de subir le processus d’iodation.

Malgré les problèmes pour la transformation du sel traditionnel en sel iodé, l’entreprise Bon Sel DAyiti encourage les producteurs locaux. « L’usine achète la tonne de sel à 12 500 gourdes aux mains de certains producteurs pour pouvoir le traiter et le fortifier après, déclare Mael Pierrot. Un producteur local qui souhaite ioder son sel, paie en moyenne 40 dollars US par tonne (suivant le coût actuel des produits pour ioder) à l’usine Bon Sel DAyiti ».

Bon Sel DAyiti produit également un sel à double fortification. Ce sel iodé est composé de diéthylcarbamazine (DEC). La diéthylcarbamazine aide dans le traitement de la filariose lymphatique.

Selon Dieunane Simon, chimiste et responsable du laboratoire Bon sel DAyiti, le sel iodé qui contient le DEC est produit spécifiquement pour certaines régions du pays, comme Léogane, considérés comme foyers de la maladie filariose.

Selon l’article 1er de la loi, l’iodation du sel destiné à l’alimentation humaine et animale est obligatoire sur toute l’étendue du territoire national.

Il y a deux moyens d’enrichir le sel ou d’y mettre de l’iode. Pour les pays où il fait trop froid, on ajoute de l’iodide de Potassium, de formule chimique KIO, selon la directrice de nutrition au sein du MSPP, Roseline Marhonne Pierre. Dans un pays comme Haïti où il fait très chaud, dit-elle, on ajoute du l’iodate de Potassium, de formule chimique KIO3.

Pour ioder le sel, l’usine Bon Sel DAyiti dispose d’une machine pour laver le produit. Ce processus, appelé bain de saumure, va enlever dans le sel les impuretés chimiques tels que le magnésium qui empêche l’iodation.

Pour fabriquer le sel iodé contenant le DEC, il faut utiliser simultanément deux pompes pour l’ajout de l’iode et de diéthylcarbamazine sur le sel, explique la docteure Roseline Marhonne Pierre.

Iodé le sel traditionnel produit en Haïti n’est pas une mince affaire. Peu d’investissement sont réalisés dans le secteur, puisque les risques de faillite sont énormes. « Une entreprise en Haïti qui souhaite investir dans l’iodation du sel traditionnel, doit s’assurer qu’elle va fonctionner à perte pendant très longtemps », souligne Richard Beauséjour.

Par exemple, poursuit Beauséjour, un entrepreneur risque de perdre la moitié d’une tonne de sel produit dans les bassins traditionnels après le processus d’iodation. En vrai, la fabrication du sel iodé demande la production d’un sel moderne et de qualité.

Le sel est un élément nutritif nécessaire. Les Haïtiens consomment en moyenne 35 grammes par jour alors que les données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), recommande uniquement cinq grammes par jour.

Ces excès exposent les citoyens à un risque d’hypertension artérielle, ce qui augmente les cas de cardiopathies et les accidents vasculaires cérébraux, selon l’OMS.



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