Le risque d’autisme des bébés conçus par des femmes exposées au séisme de 2010 – HB News


Une étude scientifique sur 364 binômes mère/enfants établit un lien formel entre le choc du tremblement de terre et la possibilité d’avoir des enfants souffrant d’autisme

Les femmes enceintes exposées au tremblement de terre de janvier 2010, et qui ont subi un choc post-traumatique, ont de fortes chances d’avoir des enfants souffrant d’autisme. C’est ce que révèle une étude parue en 2019. Elle a porté sur 364 binômes mère/enfants, vivant dans le département de l’Ouest et du Sud d’Haïti. Les résultats montrent qu’une détresse périnatale, c’est-à-dire une situation de stress pendant la période de grossesse, était fortement associée à un trouble de stress post-traumatique chez les mères. Les recherches dans ce domaine ont déterminé que ce trouble pouvait affecter les enfants encore en gestation.

Judite Blanc est la chercheuse principale qui a conduit cette recherche, dans le cadre de sa thèse de doctorat. Elle est psychologue, professeure, chercheuse en psychiatrie et sciences du comportement. Pour elle, les résultats sont sans appel, même s’il ne s’agit pas d’une étude nationale, mais plutôt communautaire. L’échantillon choisi a été fait par convenance, selon la technique d’échantillonnage de commodité.

Cela signifie que les participants à la recherche, notamment les mères et leurs enfants, ont été choisis pour leur accessibilité. L’étude qui a été menée en 2013, trois ans après le tremblement de terre, a examiné les marqueurs de trouble du spectre autistique — l’autisme, chez les enfants âgés de trois ans, nés entre le 13 janvier 2010, et la première semaine du mois d’août 2010. Cette période de la petite enfance est aussi celle où le TSA commence à être évident chez l’enfant. Ces troubles, selon la psychologue, sont d’origine multifactorielle. Les troubles du stress post-traumatique n’en sont qu’une parmi les causes probables.

Les résultats trouvés concordent avec des recherches qui ont eu lieu dans d’autres pays, parfois similaires à Haïti, sur l’exposition au stress, la maternité et l’enfance. Ainsi, une étude qui a porté en 2005 sur l’attaque du World Trade Center, à New York, a mis en évidence des niveaux anormaux de cortisol chez les enfants dont les mères ont eu un trouble de stress post-traumatique. Des résultats similaires ont été trouvés au Rwanda, après le génocide tutsi de 1995.

Dans le cas d’Haïti, la forte association entre grossesse en état de catastrophe et autisme a été examinée sur plusieurs angles par l’étude de Blanc et al. Ainsi, il a été démontré que les mères qui étaient les plus proches de l’épicentre du séisme ont été en grande partie les plus affectées. « L’épicentre se trouvait à Léogane, et c’est là qu’on a recensé les cas les plus frappants, explique Judite Blanc. C’est là qu’on a trouvé un enfant qui, non seulement présentait des troubles autistiques sévères, mais qui en plus avait une comorbidité ; il était épileptique. »

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En plus de leur localisation géographique lors du séisme, d’autres facteurs aggravants ont pu affecter ces femmes. Ainsi, celles qui avaient perdu leur maison, qui avaient été trouvées sous des décombres, ou encore qui ont perdu un membre de leur famille étaient plus exposées au PTSD. Parmi la population choisie, seulement 3 % des femmes n’ont pas expérimenté ces troubles. Les recherches montrent d’habitude que lorsqu’il y a une catastrophe, les femmes ont le plus de probabilités d’être affectées par des troubles de stress post-traumatiques.

Chez les enfants examinés, certains souffraient de troubles autistiques sévères, tandis que d’autres étaient plus modérément affectés. Il n’y a pas pu avoir de différenciation entre sexes. « L’échantillon retenu n’était pas assez grand pour dégager des tendances parmi les enfants, sur la prévalence par sexe », explique Blanc.

Cependant, même si ces corrélations positives ont été trouvées, elles ne sont pas automatiques. Être exposé à une situation de stress ne signifie pas toujours que l’on sera affecté par des troubles de stress post-traumatique.

« Plusieurs facteurs entrent en compte, affirme la chercheuse. Nous sommes tous différents. Il y a l’environnement où l’on a vécu, les conditions génétiques de l’individu, etc. C’est pour cela que dans ces recherches, en général nous examinons trois périodes. Il y a d’abord la période prétraumatique, avant le choc, pour mieux comprendre ce qui existait avant. Vient ensuite la période péritraumatique, qui est le moment où la situation stressante se déroule, et finalement la période post-traumatique. »

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L’étude n’affirme pas qu’il y ait 100 % de probabilités, mais plutôt que les risques de stress post-traumatiques sont élevés chez la mère, ce qui augmente les probabilités des troubles autistiques chez l’enfant.

En Haïti, il n’y a pas d’autres recherches sur les troubles autistiques liés au stress maternel en période de catastrophe. En août 2021, un nouveau séisme destructeur a frappé le grand Sud d’Haïti. Si des recherches sont encore à mener pour comprendre les impacts que peut avoir cette nouvelle catastrophe sur les mères enceintes et leur gestation, Judite Blanc estime qu’il est logique de faire l’hypothèse que des résultats semblables pourront être trouvés. « On aurait dû prendre en compte les résultats de recherches qui ont été préalablement menées, même dans l’aide qu’on apportait aux victimes », fait-elle remarquer.

Les troubles du spectre autistique ne font pas l’objet de données nationales, qui pourraient indiquer le nombre d’enfants qui en souffrent. Les centres pour la prise en charge de ces patients ne sont pas nombreux, et aucun n’est public, ce qui rend les soins encore plus chers pour les parents concernés. De plus, le pays manque de spécialistes, dans les différents domaines que requièrent les soins aux personnes vivant avec des troubles neuro-développementaux. Quant aux institutions pour accueillir les enfants avec un TSA, il n’en existe que sept, sur vingt-neuf écoles spécialisées, d’après des données rassemblées par Joël Michel, dans le cadre d’une thèse sur la scolarisation des élèves en situation de handicap en Haïti, notamment de ceux qui présentent des comportements autistiques.

Cette recherche sur les liens entre le séisme de 2010, les troubles post-traumatiques et les troubles du spectre autistique a des limitations, selon les auteurs. L’une d’elles est que l’absence de données cliniques qui les concernent n’a pas permis la vérification de ce qu’ont rapporté ces mères, qui ont complété elles-mêmes le questionnaire. Des troubles de mémoire ont pu influencer la restitution du stress péritraumatique.

Photo de couverture : Health Equity International / Direct Relief



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