Le trésor extrêmement rentable de Saint-Michel-de-l’Attalaye – HB News


La commune a construit une solide réputation dans la fabrication de l’alcool

L’enfant qu’était Esther Jolissaint sarclait les jardins ou transportait les cannes vers les moulins de transformation avant de se rendre à l’école.

La cultivatrice de Lesmites, une section communale de Saint-Michel-de-l’Attalaye, œuvrait à côté de ses parents qui détiennent également un moulin pour la transformation de la canne en jus, destiné à la production du légendaire « clairin de Saint-Michel ».

« Plus de 80 % des ménages de Saint-Michel-de-l’Attalaye vivent de la canne à sucre », selon les estimations de Annise Desrosiers, membre de l’Assemblée de la section communale (ASEC) de la zone.

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La pratique se transmet des parents aux enfants. « J’ai présentement un carreau de terre où je ne cultive que la canne à sucre, précise Esther Jolissaint, du haut de ses 26 ans. Cette filière a de l’avenir et l’on en tire profit que ce soit en sirop ou en clairin », raconte la jeune dame qui vit avec son fils et son mari.

Selon les experts, le sol de Saint-Michel-de-l’Attalaye a la capacité de faire des cultures sèches telles, le petit mil ou le maïs. Si la canne à sucre vient en premier, c’est pour sa rentabilité, explique Bertholin Félisma, une agronome, originaire de la commune.

Comparativement à d’autres denrées, la canne à sucre ne fait pas trop d’exigences. C’est une culture pluviale qui ne nécessite pas une irrigation pour son arrosage. Elle exige peu d’eau et un entretien léger. « Il suffit de sarcler son jardin au minimum quatre fois pendant les douze ou dix-huit mois que va durer la culture », ajoute l’agronome qui travaille pour une organisation qui intervient dans la commune.

Le « clairin Saint-Michel » jouit d’une réputation qui dépasse les frontières. Des voitures sillonnent la ville, à longueur de journée, à la recherche de ce précieux liquide pour les écouler dans les villes voisines où à Port-au-Prince. Selon une enquête réalisée par l’association des guildives de Saint-Michel-de-l’Attalaye il y a six mois de cela, cette commune compte 2 500 guildives. « Au moment où je vous parle, il est fort probable que le nombre de guildives avoisine les 3 000 », estime Emmanuel Alexis.

Selon l’ASEC Annise Desrosiers, cette filière est devenue une chaîne de valeur aux yeux de l’État. Les planteurs et les personnes qui détiennent des moulins à traction ou à moteur pour la transformation de la canne à sucre en jus de canne sont exempts de la taxe imposée par l’État dans cette filière.

Mais, les propriétaires des guildives destinés à transformer le jus de canne en clairin sont taxés à 20 000 gourdes l’an, précise Emmanuel Alexis. Cette contribution à la direction générale des impôts (DGI) donne droit à la patente autorisant le plein fonctionnement dans le secteur.

Au moment où je vous parle, il est fort probable que le nombre de guildives avoisine les 3 000

Edmond Coq, un paysan de 64 ans, est très actif dans la filière de la canne depuis les années 1990. Tout au long de l’interview, son téléphone n’arrête pas de sonner. À l’autre bout du fil, un client qui place une commande de trois « droum » de clairin qui équivaut à 75 000 gourdes. Avec ses revenus, ce « grand don » a élevé ses trois enfants.

La recette du clairin demeure un secret régional. Coq explique que les paysans n’utilisent jamais de la vidange (déchet) dans la production du produit de Saint Michel, contrairement à ce qui se pratique dans d’autres zones.

Généralement, les guildives ont un contrôleur qui gère le processus de fabrication du clairin. Une guildive placée à l’Attalaye, cinquième des huit sections communales de Saint-Michel-de-l’Attalaye, confie ce rôle à Michelet Présumé. Son travail consiste à fermenter le jus de canne à sucre. Puis, il ajoute de l’eau et de l’engrais. Après des jours de fermentation, le liquide est transféré vers un tonneau qui, à travers un tuyau, traverse le liquide fermenté vers une chaudière.

À ce stade, le liquide fermenté est chauffé et le produit fini, le clairin, s’achemine sous forme de vapeur vers un autre tuyau dont une partie traverse un réservoir d’eau pour que le clairin soit refroidi et apte à la consommation.

« En moyenne, un carreau de terre cultivée en canne à sucre peut être vendu jusqu’à 100 000 gourdes. Ce jardin peut produire en minimum douze réservoirs de clairin. Si le propriétaire accepte de transformer son jardin en jus de canne, le prix peut varier jusqu’à 175 000 gourdes. En cas où il fait choix de produire le clairin, le prix peut grimper à 350 000 gourdes », explique Esther Jolissaint.

À côté du clairin, le rapadou et le sirop de canne sont les produits dérivés de la canne à sucre à Saint-Michel-de-l’Attalaye. Cette commune de 614 kilomètres carrés ne détient pas une usine apte à la transformation de cette plante en sucre.

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« Les rares ateliers de production qui existaient dans le temps s’occupaient du rapadou, raconte l’agronome Bertholin Félisma. Les quelques rares familles qui en produisent de nos jours n’ont pas d’atelier, elles le réalisent chez eux ».

C’est l’attrait des bénéfices du clairin qui a tué le rapadou. D’où la transformation de ces ateliers en moulin ou guildive. « La production du rapadou prend du temps et son processus de fabrication requiert un entretien assez soutenu. De plus, le sirop de la canne à sucre extraite pour la production du clairin diffère de celui destiné à la fabrication du rapadou », fait savoir Wisler Estimable, propriétaire d’une guildive.

La canne à sucre utilisée pour le rapadou est soumise à un tri. Son jus doit être meilleur et visqueux de manière à apporter une saveur satisfaisante à cette tablette. Généralement, dit l’agronome Félisma, ce type de canne à sucre provient des zones où les conditions pédoclimatiques sont adéquates, c’est-à-dire, des endroits où la terre obtient à la fois une bonne fraîcheur et un très bon rayon soleil.

Or, le jus de canne utilisé pour le clairin n’est soumis à aucune rigueur particulière, rajoute Estimable. « Il suffit que la canne à sucre renferme du sirop. Dès lors, il est prêt à broyer, bouillir par la suite avant sa fermentation ».



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