Les dépôts à terme offrent des rendements ridicules en Haïti – HB News


Voici de meilleures options pour « épargner » votre argent

La faiblesse de la gourde et l’inflation sont deux phénomènes économiques qui accentuent la vie chère, contribuant à diminuer le pouvoir d’achat des ménages. En tenant compte de ces phénomènes, l’argent dont dispose un individu aujourd’hui n’a plus la même valeur le lendemain. Pour garder voire augmenter cette valeur, il faut investir son argent, expliquent les spécialistes.

« La plus grande source de richesse est la création d’entreprise, explique Robert Paret Jr, président de ProFin, une des premières banques d’investissement d’Haïti. Un entrepreneur peut ainsi générer un profit qui augmente la valeur de ce qu’il possède. L’investissement peut permettre à une tierce personne de participer dans la création de richesse de cette entreprise, qui si elle est bien gérée, génère un rendement plus élevé que l’inflation ou la dépréciation ».

Il existe différents types d’investissements, et différents types d’investisseurs. D’après Enomy Germain, auteur du livre « Pourquoi Haïti peut réussir ? », certains investissements sont dits sûrs. C’est le cas de ceux qui investissent dans l’or ou dans certaines œuvres d’art, dont la valeur ne fait que croître avec le temps. L’immobilier aussi est un domaine prisé d’investissement. Avec l’insécurité qui sévit en Haïti, beaucoup de propriétaires fuient le pays. Certains « liquident » leurs biens immobiliers pour obtenir du cash rapide afin de financer leur déménagement.

Selon l’économiste, il n’y a pas beaucoup de choix d’investissements en Haïti pour un citoyen ou une citoyenne, qui ne dispose pas d’un capital conséquent. « Il n’existe pas un marché financier ouvert dans le pays, regrette-t-il. En général, le marché est formé d’entreprises familiales ou individuelles, qui sont réticentes à ouvrir leur capital au public. »

D’après l’économiste, c’est l’une des raisons qui expliquent l’engouement pour le dollar américain. Il n’y a pas d’alternatives. « Comme le dollar est une monnaie forte dans le monde, sa valeur décline moins rapidement que celle de la gourde, dans laquelle les agents économiques n’ont pas confiance. Acquérir des dollars devient un investissement pour beaucoup », explique-t-il.

L’une des formes pour investir son argent est de le placer. Le placement, tout dépend du secteur, apporte un rendement sur une période définie. En Haïti, il existe un placement garanti par la Banque de la République d’Haïti. Ce sont les obligations.

Ce produit de la banque centrale constitue un placement important. En plus d’un taux d’intérêt fixe de 7 %, la banque des banques accorde un avantage majeur aux particuliers. Elle les protège contre la dépréciation de la gourde. Il est ainsi ajusté, en cas de hausse du taux de change. La maturité de ce produit, pour lequel le montant minimal d’émission est de 50 000 gourdes, s’étend sur 91 jours calendaires. Les obligations peuvent être renouvelées, mais ne peuvent pas être cédées.

Pour souscrire à une obligation de la BRH, il faut passer par un intermédiaire spécialisé, comme une banque ou une autre institution financière. « Cette institution recueille l’argent du client et l’envoie à la BRH. L’institution financière se charge de le mettre régulièrement au courant de l’évolution de son argent », explique Robert Paret Jr.

Cependant, la plupart des banques commerciales refusent de mettre disponible à leurs clients cet investissement qui entre en compétition avec leurs propres produits. C’est ce qu’explique Enomy Germain. « Les obligations sont de loin beaucoup plus intéressantes qu’un dépôt à terme dans une banque, pour laquelle le rendement est de 0,05 % », explique l’économiste. Certaines banques offrent des rendements tournant autour de 1 à 2 %.

L’une des seules institutions financières à travers laquelle un investisseur peut acquérir ce produit est la ProFin. Cette institution, qui n’est pas une banque, met en relation des investisseurs et des entreprises qui émettent des titres financiers, depuis dix ans bientôt. Elle est soumise elle aussi aux règlements de la BRH. Selon Robert Paret Jr, plus d’un millier d’investisseurs font affaire avec eux. « Ils viennent de tous les milieux et sont de tout âge », dit-il. L’investissement minimum est de 100 000 gourdes pour l’instant. Des conseillers en placement sont disponibles pour accompagner ceux et celles qui font le choix de mettre leur argent au travail. « Deux choses sont importantes pour investir, dit le PDG. Il faut commencer, puis il faut de la discipline. Mettre de côté régulièrement une partie de ses revenus pour l’investir est un moyen de créer des capacités financières dont on ne se croirait pas capables. »

Mais aussi, il faut diversifier ses investissements, de manière à ne pas tout investir dans une seule activité ou un seul placement.

Le placement n’est qu’un instrument parmi d’autres pour investir son argent. Il existe aussi l’investissement privé, où on achète des actions d’une entreprise, devenant ainsi un propriétaire, ou en participant d’une autre manière au capital de cette entreprise.

Mais, en Haïti, l’information sur les entreprises n’est pas souvent accessible au grand public. Seuls ceux qui sont proches du monde financier bénéficient le plus souvent de certaines opportunités, par exemple quand une entreprise fait appel à l’épargne publique. Dans ces cas, différents types d’investisseurs, avertis (les banques et autres institutions financières, les organismes autonomes de l’État…) et non avertis, peuvent intervenir, selon les besoins de l’émetteur de l’appel.

Pour corriger cette faiblesse, la BRH a sorti une circulaire, faisant obligation aux entreprises qui lèvent des fonds de l’épargne publique, à mettre ces informations disponibles. Malgré cette mesure, la même banque précise qu’il n’existe pas encore de marché financier en Haïti, ou des actions peuvent s’échanger librement, profitant à l’investissement privé. Selon Robert Paret Jr, ce manque d’informations est un obstacle que ProFin cherche à écarter, notamment par la création de contenus d’éducation financière, et d’une chaîne YouTube.

En plus des obligations émises par la BRH, un récent accord a été signé entre celle-ci et le ministère des Finances, pour mettre à disposition du public les bons du Trésor. Ce produit sera ouvert au grand public, à partir de 25 000 gourdes, alors qu’il n’était disponible que pour les entreprises auparavant. Cet instrument, en plus de constituer un placement intéressant pour les particuliers, pourrait permettre à l’État de diminuer le financement monétaire de la BRH. Toutefois, selon Enomy Germain, le risque est que l’État l’utilise pour encore plus de financement monétaire, sachant que la banque centrale garantit les placements dans les bons du Trésor à 100 %.

Par ailleurs, Haïti est menacé d’exclusion du système financier international d’ici à 2023 par le Groupe d’action financière. Le GAFI reproche au pays de ne pas lutter efficacement contre le blanchiment des avoirs. Dans le cas où les progrès en matière de lutte contre le blanchiment des avoirs ne seraient pas satisfaisants, le pays pourrait se voir exclu du système financier international. Les transferts de la diaspora, grand pourvoyeur de revenus pour une bonne partie de la population, seraient désormais limités.

En juin 2022, le taux d’inflation était de 29 %. Le chiffre est fourni par l’IHSI, institution publique qui fournit des données sur la vie du pays, notamment la vie économique. Depuis plus de dix ans, ce taux a toujours été à deux chiffres, et en hausse.

Cette année, l’augmentation du taux d’inflation est en grande partie due au contexte économique global. À cause de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la crise du Covid-19 qui n’est pas finie, ou encore les changements climatiques causant de sérieux dégâts dans certaines parties du globe, l’économie mondiale est grippée.

En plus de l’inflation, la dépréciation de la gourde peine à être contenue. Malgré une intervention, en cours, de la Banque de la République d’Haïti, il faut encore plus de cent gourdes pour acquérir un dollar américain.

Un investisseur pourrait être tenté d’attendre l’année prochaine, avant de placer son argent dans une entreprise dans le pays. Mais, explique Robert Paret Jr, le plus grand risque serait de ne pas investir, puisque l’argent continue à perdre de sa valeur entretemps. « Et aussi, dans le cas où ce malheur s’abattait sur nous, le pays serait touché surtout pour ses transactions internationales, mais à l’intérieur du pays, il y aurait encore des activités économiques, même si les conditions seraient plus difficiles », relativise-t-il.



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