L’État forme architectes et ingénieurs. Ils n’ont pas travaillé sur les plans de la faculté des sciences. – HB News


Aucun ingénieur ou architecte haïtien n’a pris part à la conception des plans de la Faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti. Ce sont des firmes étrangères qui ont obtenu le contrat

Des centaines d’architectes et d’ingénieurs sont formés à la faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti. Mais quand il fallait reconstruire en 2011 le local de l’entité, effondré lors du séisme de l’année précédente, aucun professionnel de l’institution, ni même haïtien, n’a pris part à la conception des plans, selon des témoignages recueillis auprès de la FDS.

La nouvelle bâtisse de la faculté se trouve à l’angle des rues Monseigneur Guilloux et Joseph Janvier. C’est le Qatar Haïti Fund et la Fondation Clinton qui ont financé l’initiative à hauteur de 5,5 millions de dollars américains.

« C’est regrettable que les travaux aient été réalisés par des étrangers », se plaint l’ingénieur et géologue Lionel Rabel, un ancien professeur de la faculté. « Nous ne discutons pas de la compétence des étrangers, dit-il. Mais, les caractéristiques locales doivent-être considérées. Puisque les étrangers ne connaissent pas le pays ni l’environnement, le plan proposé peut être bon, mais non adapté aux paramètres locaux ».

Le plan des travaux pour la reconstruction de la FDS porte la signature de la firme espagnole We Architects. La firme Expert Concept a fait l’exécution alors que les sociétés Génie Conseil et Aedifica Sud s’occupaient de la supervision.

Des plans de constructions proposés par des architectes ou firmes haïtiennes ou des professionnels de la faculté ont été écartés du processus de reconstruction à cause du choix délibéré de la Fondation Clinton qui, à l’époque, gérait les fonds de reconstruction de la faculté. C’est ce que fait savoir, Edgard Étienne, le responsable du premier cycle d’études de la FDS.         « L’administration de la faculté n’était pas au courant du lancement du projet et des appels d’offres, déclare Etienne. Déjà en 2012, une première étude a été réalisée. La faculté en a été tardivement informée. L’essentiel c’est qu’on avait pris le projet en main de concert avec l’Unité de construction et de logement des bâtiments publics (UCLBP) pour le mener à bon port. »

Malgré tout, certaines propositions émises par l’administration de la faculté ont été prises en considération dans le plan de construction. « Il s’agit notamment de la circulation de l’air, de l’aération de l’espace afin d’éviter l’utilisation abusive de l’ampoule électrique. Grosso modo, on a pris le soin de demander ce qu’on veut », fait savoir Étienne.

Les ingénieurs de la faculté n’étaient pas directement impliqués dans la construction, mais je peux vous dire que l’administration de la faculté a effectué une deuxième supervision des travaux, soutient le responsable.

Selon l’ingénieur Lionel Rabel, des caractéristiques locales ayant rapport à la configuration architecturale haïtienne sont bafouées dans la reconstruction de la FDS. « L’espace peut être facilement envahi par les eaux en cas de fortes pluies », remarque l’ingénieur.

Plusieurs investissements alloués à la construction de certains édifices en Haïti ne considèrent pas les réalités environnementales du pays, selon les experts.

Lire aussi : Reconstruction des bâtiments publics : les architectes haïtiens ont été mis de côté après le séisme

Par exemple, le plan de la reconstruction de l’église de Saint Louis Roi de France a été proposé par un bureau d’architecte européen qui a l’habitude de travailler dans des régions tempérées. « Le bureau a proposé à l’église un modèle de construction adapté au climat des pays tempérés, analyse l’ingénieur Rabel. En conséquence, l’enceinte de l’église demeure relativement chaude ».

Le même constat a été fait par l’ingénieur lors de la construction de l’ambassade américaine à Tabarre. Lionel Rabel rapporte que sa firme de construction, la Société technique d’architecture et d’ingénierie (STEACI SA), avait proposé aux architectes et ingénieurs américains de construire l’ambassade à un niveau surélevé par rapport à la route.

« Ils ont fait fi de notre requête et l’eau envahissait régulièrement les locaux de l’ambassade après la moindre goutte de pluie », dit-il.

Durant la période « pays en chantier » après le séisme, la quasi-totalité des contrats de construction en Haïti fut octroyée à des entreprises de construction étrangère, selon l’ingénieur Emilio Georges, ancien responsable du département de génie municipal de la mairie de Pétion-Ville.

Pour survivre, certaines entités de construction haïtienne ont fait des partenariats avec ces institutions étrangères.

« Généralement, les firmes haïtiennes sont contractées par les firmes étrangères pour l’exécution des travaux », rapporte Emilio Georges.

C’était exactement le cas pour la reconstruction de la FDS. Les firmes qui exécutent et supervisent les travaux sont des entités haïtiennes sous-contractées.

Lire enfin : L’architecture de la peur en Haïti

Le nouveau bâtiment de la FDS comporte vingt-trois salles de classe, des laboratoires, une bibliothèque et un amphithéâtre, entre autres.

L’un des plus grands problèmes qu’affrontent les responsables de cette faculté réside dans le coût mensuel de la charge électrique dans un contexte de sous financement des activités par l’État. L’espace est alimenté en partie par des panneaux solaires.

Dans un premier moment, les locaux de la FDS devaient s’étendre de la rue Joseph Janvier à la rue Saint-Honoré. L’édifice allait loger à la fois la FDS et l’École nationale des arts (ENARTS). Faute de budget, ce projet n’a pas pu être réalisé.



Related Articles

Responses

Your email address will not be published.