L’État veut donner une subvention à des chauffeurs. Ce sera une source de corruption, dit un expert. – HB News


Entre autres problèmes, Haïti n’a pas une base de données à jour des chauffeurs de transports en public

La suppression partielle de la subvention de l’État sur le carburant le 7 décembre 2021 venait avec une promesse solennelle d’accompagner les chauffeurs, à un niveau équivalent du montant soustrait par la mesure prise par l’administration Ariel Henry.

Selon un accord signé le 9 décembre 2021 entre les membres du pouvoir et des syndicalistes de transport en commun, l’État haïtien s’engage à subventionner les produits pétroliers, notamment le diesel et la gazoline, pour les chauffeurs mentionnés plus haut.

« Les signataires du présent accord s’engagent à calculer la subvention accordée […] à partir de la base de 169 gourdes pour un gallon de diesel et de 201 gourdes pour un gallon de gazoline », peut-on lire dans l’article cinq de cet accord dont HB News a obtenu copie.

Selon le document, la subvention sera accordée sous forme de bons, fiches ou cartes pétroliers.

Au 20 décembre, les mécanismes de matérialisation de ces promesses ne sont pas en place. De plus, des experts redoutent le potentiel de corruption d’un tel système.

Selon un expert requérant l’anonymat après avoir été menacé pour ses déclarations sur le sujet, l’État ne détient pas un système d’information fiable pour identifier les chauffeurs. En 2018, la Banque mondiale avait financé le Système d’information du ministère des Affaires sociales et du Travail (SIMAST), un outil de gestion de données lié à des activités de protection sociale en Haïti.

« Les données de SIMAST ne sont pas à jour. D’ailleurs, ce système a déjà montré ses faiblesses lors du transfert d’accompagnement social de 3 000 gourdes à des familles vulnérables. C’est pourquoi je pense que cette initiative sera une source de corruption dont les syndicalistes seront en grande partie les bénéficiaires », dit l’expert.

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Questionné sur la faisabilité de cette décision, le porte-parole de la Force syndicale pour sauver Haïti (FOSAH), Jacques Anderson Desroches relate que pratiquement tous les circuits ont des syndicalistes qui pourraient rendre effective cette décision.

Pour sa part, le coordonnateur de l’association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti, Changeux Méhu, estime que la base de données de l’Office assurance de véhicule contre-tiers (OAVCT) peut aider. « Les véhicules de transport public et ceux de transport marchandise peuvent être facilement identifiés par l’OAVCT puisque ces engins paient régulièrement l’assurance », précise-t-il.

Pour rendre réelle cette décision, l’État et les syndicalistes de transport en commun annoncent la création d’une nouvelle structure : l’Observatoire de surveillance (OSA). Les fiches de subvention de l’État seront remises à l’OSA au profit des bénéficiaires enregistrés dans leur base de données.

Certains passagers acceptent de payer, d’autres refusent, relate le conducteur Jesner Maître. On est obligé vu que l’État a augmenté 49 gourdes sur le prix de la gazoline.

La lenteur prise par les autorités pour mettre en place cette structure engendre des conflits entre les chauffeurs, désireux d’augmenter les prix des courses, et les passagers, bien au courant des promesses de l’État assurant la stabilité du tarif pour les différents circuits.

Dieuseul Joseph, un résident de Carrefour-Feuilles, était contrarié à l’idée de payer 35 gourdes pour le trajet Centre-Ville/Pétion-Ville qu’il avait l’habitude de payer 25 gourdes.

« J’ai refusé de payer », dit-il. Dos au mur, le chauffeur a accepté de recevoir après de longues minutes de discussions les 25 gourdes de Joseph.

Les chauffeurs de taxi assurant le trajet Lalue/Carrefour Aéroport ont révisé à la hausse leurs tarifs passant de 50 à 75 gourdes. « Certains passagers acceptent de payer, d’autres refusent, relate le conducteur Jesner Maître. On est obligé vu que l’État a augmenté 49 gourdes sur le prix de la gazoline. »

Selon le syndicaliste Jacques Roche Desrosiers, l’amateurisme qui bat son plein au sein de l’administration haïtienne est la source de ces tensions. « Ces situations devraient être prévues par les autorités bien avant l’entrée en vigueur de l’augmentation des prix dans les pompes à essence », dit-il.

Selon le syndicaliste Changeux Méhu, les chauffeurs de transport en commun et ceux transportant des marchandises consomment environ 20 % des produits pétroliers disponibles en Haïti. « Le reste est utilisé par les grandes entreprises du pays. La subvention aura donc le rôle d’éviter à ce que la population qui vit déjà dans des conditions précaires subit le poids de cette décision », dit-il.

La subvention ciblée sera accordée aux chauffeurs ayant des plaques d’automobiles de transport public de passagers et de transport de marchandises.

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Des chauffeurs interviewés par HB News relatent n’avoir jamais entendu parler d’une quelconque subvention. « Je n’ai jamais entendu une annonce pareille. Comment une telle subvention sera possible ? » se demande Gédéon Avril, un chauffeur de taxi du centre-ville de Port-au-Prince. Gédéon Avril est contre l’augmentation du prix de l’essence à cause de la situation précaire de la grande majorité de la population.

Signifus Alex se présente comme représentant des camionneurs assurant le trajet Carrefour aéroport/Pétion-ville. La nouvelle de la subvention ne lui a pas été communiquée. « L’État ne va rien donner comme subvention, dit-il, sceptique ».

Signifus Alex exige à ses passagers de payer la course à 35 gourdes, la course qui était fixée à 25 gourdes.

Le dernier ajustement de prix des différents circuits de transport en commun remonte à novembre 2020. À l’époque, le prix des parcours a été révisé à la baisse. Le prix du taxi qui était de 30 gourdes était fixé à 27 gourdes. Celui de Delmas/Pétion-Ville ; Port-au-Prince/Pétion-Ville, Pétion-Ville/Gros-Jean ; Pétion-Ville/Marlique ; Portail Léogâne/Clercine ; Delmas 33/Siloe était passé de 20 à 19 gourdes.

Les chauffeurs avaient profité de la pénurie de carburant qui a marqué l’année 2021 pour réviser leur prix à la hausse. Et pour s’assurer que leur décision est respectée, certains obligent les passagers à payer avant même le démarrage du véhicule.



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