L’urgence du changement climatique en photos à la Villa Kalewès – HB News


Le K2D a rempli les murs de la villa Kalewès de photographies qui montrent l’urgence d’attaquer de manière rapide et efficace le problème de la dégradation de l’environnement

Il y a quelques années, Georges Harry Rouzier s’est rendu à l’Esterre, pour photographier une partie du fleuve Artibonite. Pendant quelques heures, le photographe a capturé des images dont il a fait une exposition ensuite.

Welele Doubout participant à un Instagram Live avec la photographe Valerie Baeriswyl à Villa Kalewès le vendredi 11 février dernier

Mais, à l’époque, Rouzier s’adonnait plus à la photographie de cérémonies. Son reportage sur le fleuve était amateur. « J’ai suivi par la suite des formations et c’est là que je me suis rendu compte qu’il y avait bien mieux à faire sur le sujet. J’ai pensé qu’un jour j’y retournerais pour compléter mon travail. »

Grâce au Kolektif 2D dont il est membre, Georges Harry Rouzier a pu revenir sur ses pas. Mais cette fois le travail était bien plus ambitieux. Si ambitieux qu’il a intégré l’exposition IJANS présentée par K2D le vendredi 11 février 2022. Les murs de la villa Kalewès, ainsi que la cour, étaient remplis de photographies qui montrent l’urgence d’attaquer de manière rapide et efficace le problème de la dégradation de l’environnement.

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Les changements climatiques globaux jouent un grand rôle dans ces aléas, mais les individus en sont également responsables. Ces photos feront partie de la prochaine revue du Kolektif, nommée IJANS. La première avait abordé le thème de la frontière.

Selon Judith Michel, commissaire de l’exposition, il s’agit de mettre l’emphase sur l’impact des changements climatiques sur les individus, qui les expérimentent au quotidien. Mais aussi, il est important de rendre accessible le langage scientifique et abstrait qui explique ces changements.

Deux participants à l’exposition à Villa Kalewès analysant une photo exposée

C’est ce que veut faire la revue IJANS. À travers l’objectif des photographes de K2D, c’est l’histoire d’une catastrophe imminente qui est racontée.

Les changements climatiques sont une chaîne dont chaque maillon doit être adressé. Les changements dans le lit du fleuve Artibonite, la coupe des arbres de la Forêt des Pins qui fragilise son écosystème, la sécheresse dans le Nord-Est ou encore l’urbanisation effrénée et sans contrôle des bassins versants, sont autant de points urgents. Mais l’urgence est aussi de considérer la place des individus dans ces écosystèmes, parce qu’ils sont les premiers touchés.

La courbe des dégradations peut s’observer par ceux qui reviennent régulièrement dans les zones les plus affectées. « J’avais suivi le fleuve l’Esterre depuis Las Cahobas, jusqu’à Grande Saline, là où il rejoint la mer, se souvient Georges Harry Rouzier à propos de sa première descente à l’Artibonite. Je voulais montrer que le fleuve est important, et qu’il pourrait être aussi important que le Nil l’est pour l’Égypte. L’idée était d’aborder le fleuve à la manière d’une carte postale, artistiquement. »

Vue partielle de l’exposition et des participants dans les jardins de la Villa le 11 février dernier

Pourtant, les riverains sont conscients que le débit du fleuve s’est modifié, et qu’à certains endroits, son cours s’élargit et inonde des terres agricoles. « Il y a des photos que j’avais faites, à la lisière de certains arbres. Quand je suis revenu, ces arbres n’étaient plus là », déclare Rouzier. Cet envahissement des terres ressemble à ce qui s’est passé après la construction du barrage de Péligre, fait remarquer le photographe. « Lorsque le lac a été créé, il a envahi les terres. Les gens étaient agriculteurs à l’époque, ils ont dû se convertir en pêcheurs. Mais là non plus, malgré l’introduction d’espèces de poissons plus rentables économiquement, ils n’ont pas su en tirer parti. »

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C’est grâce à ce fleuve que la plus grande plaine du pays est irriguée. C’est également lui qui permet à la centrale hydroélectrique de Péligre de produire du courant, dont bénéficie une bonne partie de la capitale.

Pierre Michel Jean, président de K2D, a quant à lui fixé son objectif sur le morne l’hôpital, ceinture montagneuse érigée dans une bonne partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Une urbanisation sauvage a colonisé les bassins versants de ce morne dont la capitale dépend pour ses besoins en eau potable. Dix-huit sources sont exploitées par la Dinepa à morne l’hôpital. À cause des maisons qui ont envahi l’espace, les inondations en aval, à Port-au-Prince, sont fréquentes. La ravine Bois de Chêne ou vient échouer une grande partie des détritus produits en hauteur, est une preuve visible de l’importance du problème.

Deux participants analysant les photos de l’exposition IJANS à Villa Kalewès le vendredi 11 février

Une première partie du travail de Pierre Michel Jean sur le morne l’Hôpital avait été exposée en 2015. Mais le photographe y est retourné deux ans après pour voir ce qui avait changé depuis. « Avant, les gens semblaient dans l’expectative, dit-il. Leurs constructions étaient entre le provisoire et le permanent. Ils ne pouvaient pas clairement exprimer leur intention quant à l’idée d’habiter cet espace ».

A son retour, ce qui a d’abord frappé le photographe, c’est l’hostilité avec laquelle il a été reçu. « La bienveillance des gens, que j’ai connue lors de mes premiers passages avait disparu. Des quartiers étaient désormais formés, et ils se retrouvaient souvent face à face. Le provisoire était devenu permanent. »

Comme cause et conséquence de cette insécurité, il y a l’absence de l’État. Les habitants ne côtoient pas des institutions publiques dans leur quotidien. À cause de cela, le morne l’hôpital est encore plus vulnérable et est de plus en plus colonisé.

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C’est à la forêt des pins que Josué Azor s’est rendu pour mettre les projecteurs sur les hommes et les femmes qui dépendent de la plus grande réserve forestière du pays. La plupart vivent dans la localité de Mawouj. Les photos ont été prises en 2016 et 2017, pendant différents séjours que Azor a faits dans la forêt. Le photographe a préféré les habitants aux arbres. « Dans mon travail, les gens sont toujours au centre. C’est là que va ma sensibilité », explique-t-il.

Selon lui, les gens savent que la forêt est importante, et qu’il est en danger de disparition, à cause de la contrebande, de la coupe non contrôlée, etc. Mais eux aussi ont leurs urgences. Ils doivent vivre avant tout et couper des arbres est leur façon de survivre. Il s’agit de choisir entre l’espace qu’occupe l’arbre, et un jardin qui pourrait être à la place.

Il existe différents programmes de reboisement de la forêt, mais pour Josué Azor, il faut aussi penser aux gens, aux activités économiques de substitution qu’on pourrait leur offrir. La zone de Mawouj, selon le photographe, est si reculée que la plupart des mariages y sont célébrés en février, parce que c’est le seul moment où des pasteurs sont disponibles pour s’y rendre.

 

Image de couverture: Josué Azor (à gauche sur la photo) et Réginald Louissaint Junior s’adressant aux visiteurs de l’exposition IJANS le vendredi 11 février. Carvens Adelson / HB News

Photos: Carvens Adelson / HB News



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