Maltraitances, abus de confiance… des migrants haïtiens attaquent les USA en justice – HB News


Certains d’entre eux ont été détenus puis rapatriés en Haïti dans l’irrespect des lois américaines et internationales

Violences physiques, discrimination raciale, refus de fournir des produits de première nécessité ou des traitements médicaux… des dizaines parmi les milliers de migrants haïtiens, arrivés en masse en septembre 2021 sur la frontière entre le Mexique et les États-Unis, se sont plaints dans la presse des maltraitances diverses infligées par les autorités américaines.

Onze d’entre eux ont décidé d’intenter une action en justice contre l’administration de Joe Biden le 20 décembre 2021. La plainte a été déposée par le biais de leurs avocats au tribunal fédéral de Washington.

La plupart de ces migrants campaient à Del Rio, une ville située sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Le cas probablement le plus médiatisé a été celui de Mirard Joseph, pourchassé et battu avec une corde par un agent à cheval de la US Border Patrol. Les photos de la scène, prises par le journaliste Paul Ratje, ont fait le tour du monde.

« J’étais obligé de quitter le pont pour aller m’acheter quelque chose à manger », explique Joseph dans une entrevue accordée à HB News. « [Les agents] m’ont bloqué le passage avec leur cheval. L’un d’entre eux avait un fouet, il m’a frappé », raconte Mirard Joseph.

L’homme, qui décrit la scène au magazine Time comme l’un des pires moments de sa vie, fait partie des onze plaignants.

Le nom d’Esther se trouve également sur la liste. Cette jeune haïtienne qui résidait au Chili a traversé plus de huit pays avec son bébé de quinze mois pour atteindre le Mexique.

Elle se retrouve sous le pont Del Rio du côté américain le 18 septembre 2021.

Cependant, Esther n’a pas été accueillie aux États-Unis comme elle le souhaitait. Elle fait marche arrière après avoir entendu qu’une grande partie des 12 000 migrants qui campaient autour du pont après avoir traversé depuis Ciudad Acuna, au Mexique, ont été refoulés en Haïti.

« Il n’y avait pas d’eau ni de nourriture », explique Esther. La jeune femme s’est volontairement engagée dans ce procès pour dénoncer les traitements inhumains reçus avec son enfant sur le sol américain.

Selon Nicole Phillips, l’une des avocats qui accompagnent les victimes, ce dossier est pris en charge par l’organisation Haitian Bridge Alliance, et deux cabinets d’avocats, Justice Action Center et Innovation Law Lab.

« Les plaintes sont formulées au nom de tous les Haïtiens qui ont été victimes de brutalités auprès des agents de la US Border Patrol (USBP) à la frontière sous le pont Del Rio, au Texas. Parmi les migrants qui ont choisi de s’engager dans le processus, il y en a qui sont déjà déportés en Haïti, d’autres sont au Mexique », confie l’avocate, également directrice légale de la Haitian Bridge Alliance.

D’après Phillips, les agents de la frontière et de l’immigration américaine agissaient de manière discriminatoire à l’égard des noirs. « Il y a du racisme dans la façon dont les États-Unis traitent les migrants noirs. Et, c’est encore pire pour les Haïtiens », dénonce Nicole Phillips, à HB News.

La Haitian Bridge Alliance est le premier organisme à avoir appuyé la démarche juridique des Haïtiens devant le tribunal fédéral américain.

Quatre mois après le dépôt de la plainte, les avocats attendent la réaction des autorités. « Nous devions recevoir une réponse depuis le mois de mars, mais le gouvernement américain a demandé le report de la date jusqu’au mois d’avril », fait savoir la militante des droits humains.

Un nombre important de migrants a reçu le même traitement que Mirard Joseph. « Par exemple, on avait mis en prison une maman avec son bébé, rapporte Nicole Phillips. Les agents de l’immigration l’ont dépouillée, volé sa nourriture et les couches de l’enfant. Des femmes passaient des jours en prison sans pouvoir ne se laver ni changer leurs vêtements. Certains d’entre eux ont attrapé des infections. »

Selon la Haitian Bridge Alliance, les agents ont agi ainsi parce qu’ils savent que les migrants ne vont pas porter plainte, surtout lorsqu’on décide de les rapatrier vers leurs pays d’origine.

Outre les mauvais traitements, les demandeurs d’asile ont été victimes d’abus de confiance. Certains disent avoir été rapatriés en Haïti sans être au courant du processus.

La déportation en masse des Haïtiens a débuté le 20 septembre 2021. Depuis, plusieurs milliers de nos compatriotes ont été refoulés par avion à la faveur du Titre 42, une disposition légale permettant aux autorités américaines de déporter un demandeur d’asile sans considérer sa requête, notamment pendant la pandémie du Coronavirus.

Cette politique, renforcée sous l’administration de Donald Trump, est dénoncée pour son illégalité et son racisme potentiel. L’administration de Joe Biden cherche à en mettre fin, après l’avoir utilisé au début de son mandat.

 « Nous voulons que les autorités américaines admettent que ces actions sont horribles et inhumaines », lâche Nicole Phillips qui a enseigné  les droits humains à la Faculté de Droit de l’Université de la Fondation Aristide en Haïti.

Ce n’est pas la première fois que des migrants haïtiens entament une poursuite  judiciaire contre l’administration américaine.

Dans les années 1980, 1990 des demandeurs d’asile haïtiens en Floride avaient porté plainte contre les autorités américaines. En 1991, Clyde Atkins, un juge fédéral de la cour de Floride, interdit leur déportation à un moment où les Américains accueillaient à bras ouverts les Cubains fuyant le régime de Fidel Castro. Cependant, le 24 février 1992, la Cour suprême autorise le gouvernement  à refouler les Boat-people haïtiens.

Depuis le 25 septembre 2021, il n’y a plus de migrants sous le pont Del Rio. Certains d’entre eux restent bloqués au Mexique. La plupart de ces familles dorment à la belle étoile. Beaucoup d’autres sont malades ou décédés.



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