Petit-Goâve avait créé sa propre police. Ce groupe est vite devenu une menace pour la population. – HB News


Le Cap-Haïtien travaille sur la création de sa police. La mairie de Delmas a aussi sa police municipale. Au moins un des membres de ce corps armé est accusé d’assassinat

C’est en 2017 que le conseil municipal de Petit-Goâve prend un arrêté créant la police municipale de la commune. Une trentaine d’agents sont alors recrutés, dans cette ville en proie à une insécurité grandissante.

« Le groupe armé dénommé “haute tension” semait la terreur dans la ville fait savoir Jean Samson Limongy, ancien président du conseil municipal de Petit-Goâve. Les principaux marchés de la cité de Faustin Soulouque ne pouvaient pas fonctionner. »

Limongy obtient armes et munitions auprès du      Ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales. Mais la nouvelle force parallèle à la Police nationale d’Haïti, loin d’apporter une solution, se place rapidement en tête de la liste des graves problèmes de la localité.

Bien vite, les exactions sur les civils commencent à s’empiler. « Jerry Anderson Leconte, responsable en chef de la police municipale, avait tiré sur des membres de la population, raconte Vickson Corrioland, actuel maire assesseur de Petit-Goâve. On a porté plusieurs plaintes contre lui pour brutalité ».

Le décret de 2006 sur le fonctionnement des collectivités territoriales en ses articles 64, 134, 162 et 181 confère aux municipalités le droit de créer une police administrative. Les membres de ces entités ne peuvent porter des armes et ils doivent travailler de concert avec les forces de l’ordre du pays, selon le décret.

Dans la pratique cependant, les policiers municipaux, lourdement armés, viennent s’ajouter aux agents de la PNH et ceux des Forces armées d’Haïti (FADH) pour constituer les forces de sécurité publique en Haïti.

Dans un pays en proie à une insécurité qui handicape presque toutes les activités, les experts affichent leur scepticisme quant à la nécessité d’avoir un autre corps armé, après les policiers parlementaires ou la Brigade de Sécurité des Aires protégées.

Isabelle Fortin a travaillé pour plusieurs institutions dans le domaine des droits humains en Haïti. Elle et son collègue Yves-François Pierre ont réalisé en 2008 une étude sur la PNH.

Selon la spécialiste, l’arrivée d’une police municipale ne fait qu’instaurer un nouveau petit pouvoir autonome tout comme on le fait avec les différentes unités de la PNH. « C’est comme ajouter à chaque fois une courtepointe avec des pièces disparates », déclare celle qui détient une maîtrise en littérature comparée.

« Une police municipale lourdement armée pour répondre à quel besoin ? se questionne Fortin. Cela fait du sens de mettre une structure de sécurité publique au niveau local. Mais comment mettre en place une structure qui respecte les droits humains et n’aille pas faire des abus de pouvoir ? »

La commune de Delmas a aussi une structure policière dénommée Groupe d’Intervention de la Mairie (GIM). Ce corps détient des armes à feu. « Toutes les armes de la mairie sont légalisées », affirme à HB News Patrick Prudent, un membre du service de communication de la municipalité.

Les démarches pour obtenir des armes ont été faites auprès du ministre de la Justice et de la Sécurité publique et celui de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, selon Prudent.

Des membres de la police de Delmas dirigée par Wilson Jeudy commettent souvent des actions répréhensibles lors de leurs interventions.

En 2017, un agent a tué un jeune homme lors d’une opération de déguerpissement à Delmas 65. Selon les informations recueillies par HB News, l’institution avait pris en charge les dépenses funéraires et l’agent en question aurait été sanctionné.

Les demandes d’interview d’HB News auprès des responsables du ministère d’intérieur sont restées sans réponses. Le président de la Fédération nationale de Maires d’Haïti (FENAMH), Jude Édouard Pierre n’a pas répondu aux différents appels d’HB News.

À cause des exactions commises par la police municipale de Petit-Goâve, le nouveau conseil ad intérim nommé par le défunt président Jovenel Moïse a pris un arrêté pour démobiliser le corps, a révélé Vickson Corrioland, actuel maire assesseur de la commune.

Les trois armes (un fusil 12, un T65 et une arme de calibre 9 millimètres) récupérées aux mains des agents, après inventaire, ont été confiées aux membres de la Brigade municipale, un autre corps créé par le nouveau conseil.

Les autorités judiciaires de Petit-Goâve sont ensuite intervenues pour confisquer ces armes après que le responsable de cette brigade, Paul Appolon Alias Cion, a illégalement ouvert le feu sur un citoyen de la commune.

Le citoyen que remplace Appolon, Jerry Anderson Leconte, a un passé douteux. Il a été arrêté puis incarcéré en 2008 au pénitencier national pour son implication présumée dans des actes de kidnapping. Il s’est évadé lors du tremblement de terre de 2010. Leconte nie les accusations et dit avoir été victime d’un complot à cause de sa position politique.

En 2013, il est à nouveau arrêté et condamné à 33 mois de prison pour détention illégale d’armes à feu et association de malfaiteurs, confie à HB News une source dans le système judiciaire de Petit-Goâve.

Jerry Anderson Leconte est actuellement dans le collimateur de la justice pour menace de mort et d’incendie. Conctaté par HB News, il n’a pas répondu à son téléphone.

La ville des Cayes a mis sur pied sa police municipale en 2017. C’était une initiative de l’édile Jean Gabriel Fortuné, mort dans le tremblement de terre d’aout 2021. La structure est composée d’une vingtaine d’agents, dont des anciens militaires, selon Étienne France qui a été aussi membre du conseil. Ces agents n’ont pas d’armes à leur disposition, mais disposent de bâtons. Leur formation est réalisée à l’aide de la PNH et des organisations des droits humains du pays, assure Marie Sylvie Rameau qui préside actuellement le conseil communal de la ville Cayes.

Selon la mairesse, l’effectif du groupe est trop restreint. Car, ce sont eux qui sécurisent le bureau administratif de la mairie et accompagnent les maires lors de leurs déplacements.

Le conseil municipal du Cap-Haïtien est en train de travailler sur le projet de la création de sa police municipale. Patrick Almonor, maire du Cap-Haïtien, annonce que la structure fonctionnera sous la supervision de la PNH.

« Jusqu’à présent, il n’y a pas un cadre bien défini au niveau des mairies quant à l’organisation de la police municipale », déclare Almonor. Selon ce dernier, on devrait délimiter les zones d’intervention des agents des mairies pour ne pas empiéter sur le travail de la PNH. « Des gens au niveau de la PNH et de l’État central s’opposent à l’idée de la police municipale », admet Almonor.

Selon Isabelle Fortin, quand il y a autant de groupes armés, c’est sûr que l’un va empiéter sur le travail de l’autre. Il y aura une rivalité entre ceux qui ont les moyens et ceux qui n’en ont pas. Cela ne va qu’exacerber le problème de la sécurité publique en Haïti. Plus on met des armes en circulation, plus on exacerbe leur dangerosité, dit-elle.

Et plus il y a de corps armés, plus il est facile de maintenir le chaos, analyse Isabelle Fortin. « D’où l’intérêt d’avoir une police forte qui puisse répondre aux besoins de la population. »



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