Que faire quand on est témoin d’un accident de la circulation ? – HB News


Plusieurs personnes se sont retrouvées paralysées à la suite d’un accident, à cause d’un geste de secours mal adapté

Au mois de juillet 2022, Jameson Francisque, journaliste et éditeur à HB News, a été témoin oculaire d’une scène d’accident sur la route de Bourdon. Un véhicule qui roulait à toute allure est allé s’écraser sur le côté de la route, fauchant au passage deux hommes qui circulaient sur une motocyclette. Le conducteur du véhicule était indemne, mais les deux occupants de la moto étaient blessés, et l’un d’eux grièvement.

Dans un premier élan, Francisque s’est précipité pour porter secours, mais a dû s’arrêter net parce qu’il ne savait pas quoi faire. « Ils saignaient beaucoup, explique-t-il. Je ne voulais pas mal intervenir, par ignorance. Je me suis résolu à remonter dans ma voiture, pour tenter d’appeler les secours. »

Le journaliste n’a pas tout à fait tort de ne pas être intervenu. Selon le Directeur de formation du centre ambulancier national, Preppy Jean, plusieurs personnes se sont retrouvées paralysées à la suite d’un accident, à cause d’un geste de secours mal adapté.

« Il faut éviter de remuer la victime si on n’est pas formé à cet effet. Surtout quand on a des suspicions de lésion à la nuque ou au niveau de la colonne vertébrale », exhorte le paramédic.

Ces régions logent la moelle épinière qui assure le relais entre les membres et le cerveau. Si celle-ci est lésée, la victime risque d’être paralysée plus ou moins grièvement toute sa vie. Tout premier secours doit donc s’assurer de garder ces parties-là immobiles.

Il faut éviter aussi de donner à boire à un accidenté de la route, exhorte le directeur de formation du CAN. Il peut être mortel de donner du liquide à une personne en état de choc.

Alors qu’elle rentrait du siège d’examen d’État de neuvième en 2020, à Fontamara 43, un après-midi de juin, Marie Lancie Cadéus a été témoin d’un tragique accident de la route où la victime, quoiqu’ayant reçu un sévère choc à la tête, a été transportée à l’hôpital sur une motocyclette.

« Il avait le crâne fendu en deux. On pouvait voir tout l’intérieur de sa tête », se souvient Lancie, expliquant au passage que la victime n’a pas survécu.

D’après Preppy Jean, ces moyens de déplacement ne sont pas adaptés quand quelqu’un a subi un sévère choc, à la tête, par exemple. Il faut une ambulance.

« La personne touchée doit être exempte de tout autre choc. C’est pourquoi dans un cadre professionnel, on transporte les victimes généralement couchées, et immobilisées sur des plans rigides », poursuit-il.

Certains gestes s’avèrent efficaces et nécessaires, sans risque pour l’avenir de la victime. Ce sont des gestes de base, pour lesquels aucune formation en secourisme n’est obligatoire.

Selon Rock Robens Bertrand, PDG du Centre de Formation en Secourisme et Paramédics Haïtien (CEFOSEPH), dans le cas d’un accident de la voie publique, il est urgent de sécuriser le site de l’accident afin d’éviter qu’un autre ne se produise.

« On peut utiliser tous les moyens du bord : des branches d’arbres, des pneus, des pierres. Il suffit que l’on arrive à bloquer en amont comme en aval l’arrivée d’autres véhicules sur le lieu de l’accident », dit-il.

À cela, le directeur de formation du Centre ambulancier national, Preppy Jean, ajoute qu’il faut s’assurer que les moteurs des véhicules impliqués dans l’accident soient éteints, de peur qu’ils ne dérapent et n’empirent la situation.

Le meilleur des gestes reste d’alerter les services légitimes de secours tels le Centre ambulancier national, la Croix-Rouge, les pompiers, l’ED’H.  « Le numéro de contact du CAN est le 116. L’appel est gratuit ; le service également », informe Rock Robens Bertrand.

« Les réservoirs d’essence des véhicules impliqués dans l’accident sont susceptibles de fuite et il y a toujours possibilité d’incendie ; il est donc normal d’alerter les pompiers », explique Preppy Jean.

En attendant l’arrivée des services légitimes de secours, d’autres interventions doivent être entreprises au plus vite. Les hémorragies externes par exemple, selon le directeur de formation du CAN, doivent être stoppées dans le plus bref délai.

En effet, « à perdre une quantité trop grande de sang, la victime encourt, entre autres conséquences fâcheuses, un arrêt cardiaque » informe le spécialiste.

Généralement on procède par la « compression ». Cette méthode consiste à se servir d’un morceau d’étoffe propre — idéalement blanche — pour bander le point d’hémorragie.

On ajoute une nouvelle pièce d’étoffe à la première, si elle est imbibée de sang, jusqu’à ce que le tissu ne soit plus trempé. Il est possible d’utiliser les vêtements de la victime, à défaut.

Cependant, explique le scout formateur en premiers soins, si la victime est consciente et refuse clairement l’aide qu’on lui apporte, il faut se contenter de la sécuriser et alerter les secours, sans la toucher.

Si elle est inconsciente, et qu’elle est allongée sur le dos, il est nécessaire de la mettre en position latérale de sécurité, c’est-à-dire la retourner sur le côté, avec prudence, sans trop la remuer.

« La langue est un muscle volontaire. Dès qu’on est inconscient, on ne peut plus la contrôler et dans ce cas, si la victime est sur le dos, elle risque de tomber dans son arrière-gorge pour obstruer sa voie respiratoire », renseigne le directeur formation.

D’autres conduites sont aussi importantes à adopter en attendant l’arrivée des services légitimes de secours, comme ne pas laisser la victime seule, et la rassurer si elle est consciente.

« On doit toujours garder les victimes assises ou allongées », recommande-t-il. D’après son expérience, des gens en état de choc peuvent se mettre debout tout de suite après l’accident, disant que tout va bien, alors qu’ils vont perdre l’équilibre dans les instants qui viennent.

Enfin, cela va sans dire, toutes les situations ne nécessitent pas les mêmes interventions de secours. Une ambulance n’est même pas nécessaire dans certains cas.

Un véhicule renversé apparaît en équilibre précaire sur son capot près du centre de Port-au-Prince en 2010. — Thomas Coex / AFP



Related Articles

Responses

Your email address will not be published.