Qui est Andy Levin, le parlementaire américain grand défenseur d’Haïti – HB News


Il a vécu des turbulences dans un bureau de vote à Carrefour, une zone aujourd’hui convoitée par les gangs

Presque toutes les batailles politiques engagées au nom d’Haïti ces dernières années aux États-Unis sont portées ou supportées par Andy Levin, un élu démocrate du Michigan à la Chambre des représentants des États-Unis en 2019.

En mars 2022, huit parlementaires américains ont adressé une lettre à leur président, Joe Biden. La correspondance exhortait l’administration américaine à « permettre au peuple haïtien de déterminer son destin politique en soutenant le consensus entre les acteurs politiques, la société civile, les secteurs religieux et privés pour créer une transition démocratique dirigée par la société civile ».

Andy Levin s’est retrouvé parmi les premiers signataires de cette correspondance. La plupart de ses actions politiques sont applaudies par les organismes de droits humains dans le pays.

61 ans, Andy Levin est à son deuxième mandat au Congrès. Il suit la trace de son père, Sander Levin, qui a été représentant démocrate du Michigan à la Chambre des représentants à plusieurs reprises.

Avant d’être élu député, Andy Levin a milité comme syndicaliste aux côtés des travailleurs aux États-Unis. Il a été observateur à la première tentative d’élection démocratique en Haïti en 1987, à la fin de la dictature de Duvalier. Il a vécu des turbulences dans un bureau de vote à Carrefour.

Andy Levin a travaillé pour l’organisation Human Rights Watch, une structure qui enquête et dénonce les violations contre les droits humains commises à travers le monde.

Cet organisme lui a permis de résider en Haïti durant les années 1990 pour pouvoir réaliser des enquêtes. C’est durant cette période qu’il rencontre Pierre Espérance, actuel directeur exécutif du Réseau national de Défense des Droits Humains (RNDDH). Leur première tête à tête remonte au début des années 1990, après le premier coup d’État contre le président Jean Bertrand Aristide, le 30 septembre 1991.

« Nous avons travaillé ensemble en 1992. Nous avons passé quatre mois ensemble et parcouru sept départements sur neuf dans le cadre d’une enquête », explique Pierre Espérance.

À l’époque, Espérance dirigeait la Coalition nationale pour les Droits des Haïtiens. Cette structure a épousé le nom de Réseau national de Défense des Droits Humains (RNDDH) en 2005.

Alexandra Schmitt, travaille au bureau d’Andy Levin comme chercheuse en politique étrangère. Dans des échanges avec HB News, elle déclare que le député défend la cause d’Haïti en tant que militant des droits humains.  « En ce sens, continue Alexandra Schmitt, il ne saurait rester impassible face à la situation en Haïti. C’est aussi pour cela qu’il suit de très près la politique haïtienne. Il a publiquement pris la parole concernant l’accord de Montana, qu’il définit comme la meilleure alternative pour Haïti », explique-t-elle.

Le député défini sur son site internet, sa position envers Haïti. « Ayant participé au travail des droits humains en Haïti pendant plus de trois décennies, notamment en tant qu’enquêteur de Human Rights Watch, je suis déterminé à contribuer à l’élaboration d’une politique étrangère envers Haïti centrée sur les besoins et les aspirations du peuple haïtien », peut-on lire sur sa page web.

Si l’administration de Donald Trump, souligne Pierre Espérance, admet qu’il y avait des massacres en Haïti, c’est principalement grâce à Andy Levin. Dès son entrée à la chambre des représentants en 2019, il avait mobilisé ses collègues députés afin de signer une lettre conjointe sur la situation d’Haïti à l’époque.

« Andy Levin est l’une des personnes qui ont mobilisé des parlementaires américains pour forcer l’administration de Donald Trump à reconnaître qu’il y avait un massacre à La Saline, poursuit Pierre Espérance. Il a aussi mobilisé plus d’une centaine de parlementaires au niveau de la chambre de représentants sur le dossier PetroCaribe ».

En mai 2021, le congressman a fondé le « House Haïti Caucus ». Cette structure qu’il co-préside a pour but d’organiser des efforts dans la poursuite d’une politique étrangère américaine plus juste qui met les besoins et les aspirations du peuple haïtien en premier.

Andy Levin prend la parole sur le dossier des migrants haïtiens. Il   a « condamné et condamne encore les déportations massives d’Haïtiens vers Haïti, renchérit Schmitt. Il en parle et c’est un sujet qui lui tient à cœur quand on connaît la situation socio-économique actuelle dans le pays ».

Levin est déjà rentré au pays à trois reprises dans le cadre de ses travaux. Son dernier voyage remonte au premier mandat présidentiel du défunt René Garcia Préval, selon le directeur exécutif du RNDDH. Ses déplacements pour travailler en Haïti lui ont permis de développer des rapports avec plusieurs Haïtiens et renforcent davantage son attachement au peuple haïtien.

Andy Levin entretient des relations rapprochées avec les Haïtiens de la diaspora ainsi qu’en Haïti. « Il s’est toujours mis à la disposition des délégations haïtienne, quelle que soit sa tendance, selon Pierre Espérance. Mais, il ne va pas se laisser manipuler par quiconque sur ce qui se passe dans le pays ».

En décembre 2019, Emmanuela Douyon faisait partie d’une délégation qui allait prendre la parole au Congrès américain au nom d’Haïti. Lors de son passage, elle a rencontré le représentant démocrate de Michigan dans son bureau.  « Andy Levin, à mon avis, est l’un des officiels Américains qui connaissent bien la réalité du pays, explique Douyon.  Il est peut-être un vrai ami d’Haïti».

Emmanuela Douyon croit qu’Andy Levin est l’exemple qui peut expliquer que tous les Américains ne veulent pas l’instabilité en Haïti. Elle prend l’exemple du docteur Paul Former, l’initiateur du projet Zanmi Lasante, décédé le 21 février 2022, pour renforcer ses dires. « Il y a une tendance en Haïti qui veut faire croire que tous les Américains ont un intérêt dans la déstabilisation du pays. Avec Andy Levin, on peut faire la nuance. Car, il permet de comprendre qu’il y a des Américains qui veulent avoir des relations plus humaines avec  Haïti », analyse la militante de Nou P ap Dòmi.

Malgré les changements de gouvernement aux États-Unis — démocrate ou républicain — la politique américaine ne change pas vis-à-vis d’Haïti. Les États-Unis se mettent toujours aux côtés des hommes au pouvoir au détriment du peuple haïtien et des appels de la société civile. « Ce ne sont pas les étrangers qui vont venir changer Haïti, relate Espérance. C’est aux Haïtiens de planifier le développement d’Haïti ».

Haïti doit tirer profit de ses relations diplomatiques, selon Emmanuela Douyon. « La relation qui existe entre Haïti et les États-Unis est très complexe, dit Douyon. La question de pays ami est un discours creux. Dans les relations existant entre les pays, il s’agit d’abord et avant tout d’une question d’intérêt. Toutefois, il y a des personnalités qui veulent entretenir des relations plus humaines. »

Alexandra Schmitt déclare que le député à lui seul ne peut pas pousser les USA à  changer sa politique étrangère vis-à-vis d’Haïti. « Malgré sa bonne volonté, Andy Levin n’a pas de véritables pouvoirs d’action en ce qui concerne la politique des États-Unis vis-à-vis d’Haïti, concède Schmitt. Cependant, il a le mérite à chaque fois qu’il en a la possibilité, de ramener la question haïtienne sur la table du débat au Congrès américain. »



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