Voici quelques caractéristiques du rite dahoméen dans le Vaudou haitien – HB News


Hougan, ason, poto mitan sont autant d’appellations et de pratiques associées à ce rite

Nous sommes à Delmas 31, le 23 décembre 2021. Au fond d’une impasse, se trouve le péristyle Savalouwe. Alors que sur l’autoroute de Delmas les étalages offraient moult produits importés, forçant une Noël qui ne voulait pas prendre, une tout autre ambiance régnait dans ce lakou. 

Sur un autel, on avait disposé des fruits et quelques bouteilles d’alcool. Un homme d’une trentaine d’années, la main sûre, dessinait au sol un cœur brisé. C’est le symbole qui désigne Erzuli, une divinité vaudou. Plus loin, il avait tracé un bâton pour représenter Legba, maître du passage.  

Selon Raymond Lerebours, serviteur et danti (ancien) du lakou, ils se préparaient à célébrer le Makaya. Il s’agit d’une fête qui pourrait s’apparenter au Noël chrétien. Durant trois jours, les 23, 24 et 25 décembre, les vaudouisants se réunissent afin de célébrer ensemble et préparer l’année à venir.  

Savalouwe n’est qu’un lakou parmi tous ceux qu’on trouve en Haïti. À l’Artibonite, par exemple, on retrouve trois des principaux lieux mystiques du Vaudou haïtien: lakou Souvnans, Soukri et Badjo. Tous les ans, une foule venant de partout dans le pays, mais aussi de l’étranger, se rend successivement à ces trois lakou, afin d’assister à des cérémonies.  

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Savalouwe et Souvenance ont en commun la pratique du rite dahoméen dans le Vaudou haitien. Il se caractérise notamment par le culte des esprits de l’eau. C’est pour cela que dans ces lakous, il y la présence de bassins, ou de réservoirs.

Cependant si ces deux lakous ont ce rite en commun, il faut préciser que le Vaudou haïtien n’est pas uniforme, contrairement à d’autres religions comme le catholicisme. D’ailleurs, certains, surtout des chercheurs, préfèrent parler de « pratiques» au lieu de Vaudou haïtien, à cause de ces variations. 

Mêmes mais différents

C’est l’ensemble des cérémoniels, des chants et des objets rituels propres à une famille de lwa, dans le Vaudou haïtien, qui forment un rite. Il y a plusieurs familles de lwa, par exemple celles des lwa dits « chauds », prétendument plus enclins à la violence, et les froids, moins enclins à s’emporter. 

Jean Baptiste, hougan originaire du Sud-Est, établi à Port au Prince, explique que le Vaudou est multiforme. « Chaque zone a un cérémonial qui lui est propre. Dans la capitale on retrouve surtout les Dahoméens, et dans le Sud, les Kongo. Dans l’Artibonite, on sert surtout les esprits de l’eau. Il y a plusieurs mystères (lwa), d’où la prolifération des pratiques. Par exemple, dans les rites chauds, on retrouve les pétro, qui viennent d’Afrique. Ils sont passés par le Congo et le Mali pour arriver en Haïti », affirme-t-il. 

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Les Dahoméens auxquels fait référence Jean Baptiste correspondent aujourd’hui au peuple du Bénin, selon Emmanuel Stéphane Laurent, chercheur anthropologue et professeur à l’Université d’Etat d’Haïti. Il rappelle qu’il faut « regarder du côté de l’implantation et l’évolution de ces pratiques, depuis le temps de la colonie pour comprendre ces variations ». D’après Jean Price Mars, les Dahoméens ont eu, dans une certaine mesure, le leadership spirituel de la constitution du Vaudou dans la colonie française de Saint-Domingue.

Un second élément explique la non-uniformité du Vaudou haïtien, et il résulte de son essence même. «Il existe deux sortes de religions: celles du livre, à l’instar du Christianisme avec la Bible ou de l’Islam avec le Coran, et les religions traditionnelles. Le Vaudou haïtien fait partie de la seconde catégorie. Les religions traditionnelles se transmettant par l’oral, il est normal de les voir évoluer d’une génération à une autre, d’un lakou à un autre, d’une ville à une autre ainsi de suite”, explique le professeur.

Rite et grade 

Il ne faut pas confondre rite et grade dans le vaudou haïtien. Le Dahomey est un rite, mais on peut y évoluer en grade. En effet, si le Vaudou haïtien se distingue des autres religions par la diversité de ses pratiques, il n’en reste pas moins une religion hiérarchisée, dans laquelle les rites initiatiques occupent une grande importance. 

C’est par cette même initiation qu’on accède au grade de hougan. D’après Emmanuela Pierre, initiée au Vaudou, le hougan est censé être quelqu’un que l’on respecte, et qui est respectueux lui aussi. Il considère chaque personne initiée chez lui comme un fils ou une fille, dit la jeune dame. C’est pourquoi si un des initiés du lakou meurt, tous les serviteurs du lakou portent le deuil.

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L’initiation se fait par étape. D’abord on devient kanzo, c’est-à-dire qu’on accède à un ensemble de connaissances et de savoirs supérieurs à celui d’un simple vaudouisant. 

Ensuite, s’il a l’expérience qu’il faut, un hougan habilité peut consacrer quelqu’un d’autre, faisant de celui-ci un nouvel hougan. C’est ce qu’on appelle communément bay ason, en créole haïtien. 

L’initiation est une école et en y passant, on devient un asogwe. L’asogwe est l’initié qui est passé par l’école initiatique. Certains la reçoivent dans leur sommeil. Ce sont les hougans dòmi leve. Mais un asogwe en sait souvent plus long car il est passé par cette école initiatique. De plus, en devenant asogwe on ne reçoit pas toujours l’ason immédiatement, précise Lerebours.

Recevoir l’ason, ou pran ason, c’est se voir accorder la permission d’initier d’autres personnes. « A mon initiation, je n’ai pas tout de suite reçu l’ason, explique Lerebours. Mais être asogwe, c’est avoir du discernement, de la connaissance. Plus qu’un grade, c’est un niveau. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui te hausse à ce rang; c’est le lwa. Et chaque hougan, chaque mambo a son propre don.»

L’ason peut s’apparenter à une cloche rituelle. Entouré de collier de perles, il fait un bruit proche de celui du tchatcha lorsqu’il est secoué, « mais, n’est pas un tchatcha », précise Raymond Lerebours. Sa réception signifie l’ascension au grade de hougan ou de mambo. 

Le poto mitan est une autre caractéristique attribuée au Vaudou dahoméen. Dans la plupart des péristyles, comme celui de Delmas 31, on le retrouve. Il s’agit d’un poteau en bois ou en béton dressé au milieu de la pièce. Généralement, les cérémonies se font autour de lui. Même si Raymond Lerebours précise que c’est un élément indispensable dans le péristyle, il arrive qu’il puisse être absent. C’est le cas à Lakou souvenance.

Melissa Béralus

Photo de couverture: Valérie Baeriswyl



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