Voilà pourquoi les armes chantent à Laboule 12 – HB News


Un conflit terrien entre Toto Borlette et Ti Makak empoisonne la zone. Une soixantaine de personnes ont déjà été tuées et plus d’une centaine de maisons brûlées dans le cadre du conflit, selon des décomptes non officiels d’habitants de la localité

Les paysans et travailleurs de la localité de Fessard à Laboule 12 célébraient la Notre-Dame des sept douleurs le 15 septembre 2020 lorsqu’un concert d’armes automatiques explose le calme de cette localité à la verdure luxuriante dans les hauteurs de Port-au-Prince.

Un conflit latent entre l’entrepreneur Jean Monsatto Petit, dit Toto Borlette, et le chef de gang Ti Makak, ainsi connu, pour 30 à 117 carreaux de terre venait d’éclater au grand jour. Pour l’épisode, un des hommes de Ti Makak est mort.

 

 

Et depuis, Laboule 12 s’est transformé en champ de bataille, à l’instar de la route de Martissant, selon des témoignages recueillis sur place par HB News auprès d’officiels et de citoyens de la zone.

Lire aussi : D’où viennent réellement les gangs qui terrorisent Haïti ?

D’après le directeur d’une école municipale dans la localité de Fessard, plus d’une soixantaine de personnes ont déjà été tuées et plus d’une centaine de maisons brûlées dans le cadre de ce conflit terrien. Le notable demande l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Les terrains disputés se trouvent dans la 3e section Étang du Jonc, une commune de Pétion-Ville. Ils appartiennent à l’État et ont été affermés à des paysans de la zone, pendant plusieurs générations.

Les grands-parents de Ti Makak occupaient une portion de ces terres. Cependant, le caïd en question n’habitait pas la localité, fait savoir le notable cité plus haut. « On n’avait pas l’habitude de le voir dans la zone », affirme ce dernier.

Ti Makak est retourné dans la localité après que Toto Borlette, selon le notable, aurait déclaré avoir acheté toutes les terres se trouvant dans la zone.

Un membre de l’Assemblée de la Section communale (ASEC) d’Etang-du-Jonc contacté par HB News et qui requiert l’anonymat pour raison de sécurité confirme une partie des faits. Il dit n’être pas au courant d’aucun processus d’arpentage.

Les tentatives pour rentrer en contact avec Jean Monsatto Petit alias Toto n’ont pas abouti.

Huguens Lubien, Directeur de communication de la Direction générale des Impôts (DGI), ne pouvait déterminer pour HB News le statut exact des terrains en litiges.

Les tentatives pour rentrer en contact avec Jean Monsatto Petit alias Toto n’ont pas abouti.

Selon un citoyen de Laboule 12 contacté par HB News et qui requiert l’anonymat pour des raisons de sécurité, Toto a acheté des terrains entre les mains de certains paysans à un prix dérisoire pour notamment construire une villa dans la zone.

Le projet n’avait pas été accepté par des héritiers qui maintiennent que leurs grands-parents n’avaient passé aucun acte de vente avec Toto Borlette.

En réponse, Ti Makak engage les hommes de Grand Ravine dirigés par Ti Lapli.

Pour imposer sa volonté, Toto aurait engagé les hommes de Chrisla, puissant chef de gang de Ti bois, une localité de la 3e circonscription de Port-au-Prince, poursuit le citoyen de Laboule bien informé de la situation.

En réponse, Ti Makak engage les hommes de Grand Ravine dirigés par Ti Lapli.

Les témoins et responsables publics interrogés à Laboule 12 dans le cadre de cet article racontent n’avoir jamais entendu parler d’aucun acte de vente de terrains à la faveur de Toto Borlette.

Le mardi 13 septembre 2022, trois agents de la police nationale d’Haïti sont tombés sous les balles de la bande de Ti Makak à Laboule 12. Le caïd, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux quelques heures après le drame, a revendiqué l’attaque.

Ti Makak avait déclaré que ces policiers étaient envoyés par Toto Borlette pour venir le déloger à Fessard.

Le clip montre les corps des agents des forces de l’ordre torses nus, ensanglantés et allongés sur le sol, traînés à l’aide de cordes.

Ce n’est pas la première fois que ces genres de faits se produisent dans la localité.

Un membre du Conseil d’Administration de la Section communale (CASEC) de la zone qui requiert l’anonymat pour des raisons de sécurité dit avoir entendu la nouvelle. Il déclare ne pas être en mesure de confirmer les circonstances entourant la mort des policiers.

Ce n’est pas la première fois que ces genres de faits se produisent dans la localité.

Le 7 janvier 2022, John Wesley Amadi et Wilguens Saint-Louis, deux journalistes de médias en ligne, ont été tués à Laboule 12.

Le 6 août dernier, l’ancien sénateur Yvon Buissereth et directeur de l’Entreprise publique pour la promotion des logements sociaux (EPPLS), a été tué puis brûlé dans sa voiture par ce même gang.

Lire aussi : Voilà pourquoi Haïti compte autant de gangs

20 000 habitants vivent dans les 25 quartiers de Fessard. Depuis l’éclatement de ce conflit qui implique 117 carreaux de terre et plusieurs générations de paysans selon un récent rapport du Centre d’analyse et de Recherche en droits de l’homme, la vie s’y trouve empoisonnée.

La majorité des maisons sont abandonnées. Les gens s’enfuient en masse et les activités dans la localité sont presque au point mort, rapportent des citoyens.

À cause de l’insécurité, la dizaine d’écoles de la zone sont dysfonctionnelles, révèle à HB News le maire assesseur de la commune de Pétion-Ville, Staco Amazan.



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