Vous vouliez acheter un terrain ou une maison en Haïti ? C’est le bon moment !  – HB News


Des propriétaires de biens immobiliers s’enfuient d’Haïti. Les prix sont au plus bas dans certaines zones

Sous instigation d’un client, le courtier Gabriel Maurice exigeait 170 000 dollars en 2018 pour une maison située à Chemins des Dalles à Port-au-Prince. Un preneur à l’époque avait offert 140 000 : le propriétaire a refusé de céder l’immeuble.

Aujourd’hui, le secteur immobilier fait face à une grave crise. Des maisons situées dans les zones à risque d’insécurité modérée ou forte perdent leur valeur et certains quartiers réputés moins touchés par les bandits montent les prix.

En 2022, les acquéreurs de maisons et de terrains ne se bousculent pas dans la région métropolitaine. Selon Maurice, le propriétaire de Chemins des Dalles est prêt à accepter désormais 125 000 dollars américains pour « liquider sa maison afin de quitter le pays au plus vite. »

Wolf Jerry Bernardin dirige la société Réflexe Immobilier, une agence lancée en 2015 à Delmas.

Selon le professionnel, la valeur des biens immobiliers dans les localités sous le contrôle des gangs, comme Croix-des-Bouquets et Pernier par exemple, se trouve au plus bas.

« Actuellement, nous n’avons pas de maisons en vente dans ces zones et nous ne nous y rendons plus à cause de l’insécurité », avance Bernardin qui observe une stabilité relative des prix pour les zones hors du contrôle des gangs.

C’est le bon moment pour investir dans l’immobilier en Haïti dans la mesure où l’acheteur possède son capital cash et qu’il n’a pas peur des risques. Il s’agit de l’analyse de l’économiste Peterson Noël, interviewé par HB News.

De toute façon, cette situation d’instabilité accrue caractérisée surtout par l’insécurité et le kidnapping ne va pas rester en permanente, continue Noël.

« Si vous voulez réaliser un investissement sur le long terme et que vous trouvez une maison évaluée à 500 000 dollars pour seulement 200 000, c’est une bonne affaire », déclare l’économiste.

En Haïti, le marché de l’immobilier n’est pas organisé et il n’existe aucune base de données qui permettrait d’analyser l’offre et la demande.

« Les prix demandés pour les maisons ou pour les terrains sont souvent supérieurs à leur valeur marchande » fait savoir Cévé Paul PDG de Global Groupe Immobilier. De plus, « les biens ne sont pas évalués en Haïti. »

Entre 2010 et 2015, les activités de vente pour les agences immobilières ont chuté. Mais la crise politique et sécuritaire actuelle aggravée sous la présidence de Jovenel Moïse a accéléré la tendance négative, fait remarquer le PDG de Global Groupe Immobilier.

« Les clients potentiels sont en train de quitter le pays pour s’établir dans les pays voisins », regrette Paul.

Wolf Jerry Bernardin dit constater des chiffres d’affaires catastrophiques sur les trois dernières années consécutives pour son entreprise Réflexe immobilier.

« C’est une perte totale, dit-il. Mes chiffres ont diminué jusqu’à 83 % pour la période 2021-2022 », indique Bernardin qui refuse de préciser le montant exact.

« C’est pratiquement zéro vente enregistrée pour cette année 2022, continue Wolf Jerry Bernardin. Aucune vente n’est possible actuellement et c’est impossible de trouver des acheteurs. C’est une activité pratiquement à l’arrêt ».

Des propriétaires veulent vendre leurs maisons, mais certaines zones sont difficiles d’accès. « Parfois, il faut se montrer très courageux pour prendre un rendez-vous avec un client inconnu. Le client a aussi peur de vous » rajoute pour sa part Cévé Paul, PDG de Global Groupe Immobilier.

À cause du kidnapping, des acheteurs craignent de faire des investissements par peur de dévoiler qu’ils ont de l’argent. « Les gens partent à la campagne et ne reviennent pas », remarque Maurice Gabriel, courtier immobilier.

Le professionnel dit ne recevoir « aucune demande » pour la location de studios ou de petits appartements pour jeunes élèves et étudiants.

Les prix sont généralement en dollars. Les rares preneurs sont incapables de négocier face à la déchéance de la gourde, dit Maurice.

Le PDG de Global Groupe Immobilier contemple un avenir sombre. « Si la situation reste ainsi, dit le sexagénaire qui a commencé en 1998, je risque de fermer définitivement les portes de mon entreprise. »

Fenel Pélissier

Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.



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